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Auteur : Maurice Rollinat

Nostalgie De Soleil

Quel poète évoquera le rose des bruyères, Le lézard des vieux murs, la mouche des étangs, Et le petit rayon qui vient, tout le beau temps, Rire au carreau crasseux de la vieille chaumière ? Les végétaux chambrés, le fleuri, la verdure De ces jardins vitrés plus chauds que des…

Paysage Gris

Sonnet. Déjà cette prairie en commençant l’hiver Étendait son tapis d’herbe courte et fripée, Elle languit encor, de plus en plus râpée, D’un gris toujours plus pâle et moins mêlé de vert. Et pourtant, il y vient, poussant leur douce plainte, Dressant l’oreille au vent qu’ils semblent écouter, Quelques pauvres…

Pendant La Pluie

Après une chaleur si dure Tout se rafraîchit pour l’instant. La pluie est absorbée autant Par le roc que par la verdure. Terrains noirs, sillons bruns et roux, Prés et bois, les pentes, les trous, Toute la campagne qui songe S’en imbibe, la boit, l’éponge. Les pauvres herbes altérées, Les…

Petit-loup

Portant sur lui de grosses sommes, Tard, le maquignon s’en revient, Lorsque, soudain, il est attaqué par deux hommes. D’un coup de voix stridente il appelle son chien :  » Vite à moi, Petit-Loup !  » — mais rien ! Son compagnon musarde en route. Et la lutte s’acharne, affreuse,…

Repas De Corbeaux

C’est l’heure où la nuit fait avec l’aube son troc. Dans un pays lugubre, en sa plus morne zone, Précipité, profond, massif comme le Rhône Un gave étroit, muet, huileux, mou dans son choc ; Sol gris, rocs, ronce, et là, parmi les maigres aunes, Les fouillis de chardons, les…

Réponse D’un Sage

Un jour qu’avec sollicitude Des habitants d’une cité L’avaient longuement exhorté : A sortir de sa solitude :   » Qu’irais-je donc faire à la ville ? Dit le songeur au teint vermeil, Regardant mourir le soleil, D’un air onctueux et tranquille. Ici, de l’hiver à l’automne, Dans la paix des…

Soir De Pluie

Sur l’eau d’un vitreux mat, vert bouteille foncé, Des ronds, comme au compas, sont tracés par la pluie, Chacun d’eux, forme frêle à l’instant même enfuie, Étant par un semblable aussitôt remplacé. Et puis, ce ne sont plus que des ombres de cercle, Des fantômes de ronds toujours plus affaiblis…

Solitude

Les choses formant d’habitude Au plus fauve endroit leur tableau : Les rochers, les arbres et l’eau, Manquent à cette solitude. D’un gris fané de vieille laine, De couleur verte dénué Et de partout continué Par l’indéfini de la plaine, Tel ce champ étend sa tristesse, Sans un genêt, sans…

Sur Une Croix

Dans ce pays lugubre et si loin de la foule, Un cimetière d’autrefois, Bien souvent m’attirait avec sa grande croix Dont la tête et les bras se terminaient en boule. Or, fin d’automne, un soir que tout était plongé Dans une mourante lumière, Je m’arrêtai pour voir la croix du…

Tempête Obscure

L’orage, après de longs repos, Ce soir-là, par ses deux suppôts, La nuée et le vent qui claque, Se présageait pour l’onde opaque. Grondante sous le ciel muet, Par quintes, la mer se ruait ; Puis, elle se tut, la perfide, Reprit son niveau brun livide. Malheur aux coquilles de…

Tristesse Des Bœufs

Voilà ce que me dit en reniflant sa prise Le bon vieux laboureur, guêtré de toile grise. Assis sur un des bras de sa charrue, ayant Le visage en regard du soleil rougeoyant :  » Ces pauv’ bêt’ d’animaux n’comprenn’ pas q’ la parole. T’nez ! j’avais deux bœufs noirs…

Trois Ivrognes

Au cabaret, un jour de grand marché forain, Un bel ivrogne, pâle, aux longs cheveux d’artiste, Dans le délire ardent de son esprit chagrin, Ainsi parla, debout, d’une voix âpre et triste :  » R’bouteux, louv’tier, batteur d’étangs et de rivière, Menuisier, Avec tous ces états j’réussis qu’une affaire :…

Un Bohème

Toujours la longue faim me suit comme un recors ; La ruelle sinistre est mon seul habitacle ; Et depuis si longtemps que je traîne mes cors, J’accroche le malheur et je bute à l’obstacle. Paris m’étale en vain sa houle et ses décors : Je vais sourd à tout…

Un Déjeuner Champêtre

La Justice tardant à faire la levée Du cadavre lardé de coups, Les gendarmes, là-bas, mangent sur leurs genoux, En attendant son arrivée. L’énorme assassiné que la vermine mange Repose encore assez loin d’eux. Il dort au fond du val son gisement hideux Entre quatre grands murs de grange. Pourtant,…

Un Jour D’hiver

Arqué haut sur les monts et d’un bleu sans nuages Qu’un triomphant soleil embrase éblouissant, Le ciel, par la vallée où la chaleur descend, Anime, en plein hiver, la mort des paysages. Il semble qu’ici, là, la mouche revoltige, Tourne dans la poussière ardente du rayon ; On va voir…