La Journée De Printemps

Le premier jour du mois de may
Trouvé me suis en compaignie
Qui estoit, pour dire le vray,
De gracieuseté garnie ;
Et pour oster merencolie
Fut ordonné qu’on choisiroit,
Comme Fortune donneroit,
La fueille plaine de verdure
Ou la fleur pour toute l’annee.
Si prins la fueille pour livree,
Comme lors fut mon aventure.

Tantost apres je m’avisay
Qu’a bon droit je l’avoye choisie,
Car, puis que par mort perdu ay
La fleur de tous biens enrichie,
Qui estoit ma dame, m’amie,
Et qui de sa grace m’amoit
Et pour son amy me tenoit,
Mon coeur d’autre flour n’a plus cure.
Adonc congneu que ma pensee
Acordoit a ma destinee,
Comme lors fut mon aventure.

Pource la fueille porteray
Cest an, sans que point je l’oublie,
Et a mon povair me tendray
Entierement de sa partie.
Je n’ay de nulle flour envie
Porte la qui porter la doit ! ,
Car la fleur que mon cueur amoit
Plus que nulle autre creature
Est hors de ce monde passee,
Qui son amour m’avoit donnee,
Comme lors fut mon aventure.

ENVOI

Il n’est fueille ne fleur qui dure
Que pour un temps, car esprouvee
J’ay la chose que j’ay contee,
Comme lors fut mon adventure.

L’absence

Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
La rocheuse Pytho toujours ceinte d’éclairs,
Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
La Grèce accompagnait leur image divine.

Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
L’Archipel radieux et les golfes déserts,
Écoutaient, du sommet des promontoires clairs,
Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.

Et moi je m’éteindrai, vieillard, en un long deuil ;
Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil
Et l’on paîra la terre et le prêtre et les cierges.

Et pourtant j’ai rêvé ce destin glorieux
De tomber au soleil ainsi que les aïeux,
Jeune encore et pleuré des héros et des vierges.