07 Incliné Sur Les Soirs Je Jette Un Filet Triste

Incliné sur les soirs je jette un filet triste

sur tes yeux d’océan.
Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,

ma solitude aux bras battants comme un noyé.
Tes yeux absents, j’y fais des marques rouges

et ils ondoient comme la mer au pied d’un phare.
Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,

de ton regard surgit la côte de l’effroi.
Incliné sur les soirs je jette un filet triste

sur la mer qui secoue tes grands yeux d’océan.
Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles

qui scintillent comme mon âme quand je t’aime.
Et la nuit galopant sur sa sombre jument

éparpille au hasard l’épi bleu sur les champs

La Poésie

Et ce fut à cet âge La poésie

vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où

elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.

Je ne sais ni comment ni quand,

non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas

des mots, ni le silence:

d’une rue elle me hélait,

des branches de la nuit,

soudain parmi les autres,

parmi des feux violents

ou dans le retour solitaire,

sans visage elle était là

et me touchait.
Je ne savais que dire, ma bouche

ne savait pas

nommer,

mes yeux étaient aveugles,

et quelque chose cognait dans mon âme,

fièvre ou ailes perdues,

je me formai seul peu à peu,

déchiffrant

cette brûlure,

et j’écrivis la première ligne confuse,

confuse, sans corps, pure

ânerie,

pur savoir

de celui-là qui ne sait rien,

et je vis tout à coup

le ciel

égrené

et ouvert,

des planètes,

des plantations vibrantes,

l’ombre perforée,

criblée

de flèches, de feu et de fleurs,

la nuit qui roule et qui écrase, l’univers.
Et moi, infime créature,

grisé par le grand vide

constellé,

à l’instar, à l’image

du mystère,

je me sentis pure partie

de l’abîme,

je roulai avec les étoiles,

mon coeur se dénoua dans le vent.

08 Abeille Blanche, Ivre De Miel, Toi Qui Bourdonnes Dans Mon Âme

Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,

tu te tords en lentes spirales de fumée.
je suis le désespéré, la parole sans écho,

celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.
Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.

En mon désert tu es la rose ultime.
Ah! silencieuse!
Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.

Ah! dénude ton corps de craintive statue.
Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.

Et de frais bras de fleur et un giron de rose.
Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.

Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.
Ah! silencieuse!
Voici la solitude et tu en es absente.

Il pleut. Le vent de mer chasse d’errantes mouettes.
L’eau marche les pieds nus par les routes mouillées.

Et la feuille de l’arbre geint, comme un malade.
Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.

Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.
Ah! silencieuse!

Le Poète

Avant je circulais dans la vie, un amour

douloureux m’entourait: avant je retenais

une petite page de quartz

en clouant les yeux sur la vie.

J’achetais un peu de bonté, je fréquentais

le marché de la jalousie, je respirais

les eaux les plus sourdes de l’envie,l’inhumaine

hostilité des masques et des êtres.

Le monde où je vivais était marécage marin:

le fleur brusquement, le lis tout à coup

me dévorait dans son frisson d’écume,

et là où je posais le pied mon coeur glissait

vers les dents de l’abîme.

Ainsi naquit ma poésie, à peine

arrachée aux orties, empoignée sur

la solitude comme un châtiment,

ou qui dans le jardin de l’impudeur en éloignait

sa fleur la plus secrète au point de l’enterrer.

Isolé donc comme l’eau noire

qui vit dans ses couloirs profonds,

de main en main, je coulais vers l’esseulement

de chacun, vers la haine quotidienne.

je sus qu’ils vivaient ainsi, en cachant

la moitié des être, comme des poissons

de l’océan le plus étrange, et j’aperçus

la mort dans les boueuses immensités.

La mort qui ouvrait portes et chemins.

La Mort qui se faufilait dans les murs.

09 Ivre De Longs Baisers, Ivre Des Térébinthes

Ivre de longs baisers, ivre des térébinthes,

je dirige, estival, le voilier des roses,

me penchant vers la mort de ce jour si ténu,

cimenté dans la frénésie ferme de la mer.
Blafard et amarré à mon eau dévorante

croisant dans l’aigre odeur du climat découvert,

encore revêtu de gris, de sons amers,

et d’un triste cimier d’écume abandonnée.
Je vais, dur, passionné, sur mon unique vague,

lunaire, brusque, ardent et froid, solaire,

et je m’endors d’un bloc sur la gorge des blanches

îles fortunées, douces comme des hanches fraîches.
Mon habit de baisers tremble en la nuit humide

follement agité d’électriques décharges,

d’hébraïque façon divisé par des songes

l’ivresse de la rose en moi s’est déployée.
En remontant les eaux, dans les vagues externes,

ton corps jumeau et qui se soumet dans mes bras

comme un poisson sans fin s’est collé à mon âme

rapide et lent dans cette énergie sous les cieux.

Madrid 1936

Madrid seule et solennelle, Juillet t’avait surprise avec ta joie

De rayon de miel pauvre ; claire était ta rue,

Clairs étaient tes songes.

Un hoquet noir

De généraux, une vague

De soutanes rageuses

Rompit entre tes genoux

Ses eaux boueuses et leurs ruisseaux de fange.

Les yeux encore tout meurtris de sommeil,

Avec un vieux fusil et des pierres, Madrid,

Récemment blessée,

Tu te défendis. Tu courais

Dans les rues

Laissant les traces de ton sang sacré

Rassemblant, appelant d’une voix d’océan

Avec ton visage à jamais changé

Par la lueur du sang,

Madrid,

Comme une montagne vengeresse,

Comme une sifflante

Étoile de couteaux.
Lorsque dans les ténébreuses casernes,

Dans les sacristies de la trahison,

S’enfonça ton épée ardente,

Il n’y eut qu’un long silence d’aube,

Il n’y eut que le pas haletant des drapeaux,

Et qu’une honorable goutte de sang sur ton sourire.
Traduction de Louis Parot en 1938

10 Nous Avons Encore Perdu Ce Crépuscule

Nous avons encore perdu ce crépuscule

Et nul ne nous a vus ce soir les mains unies

pendant que la nuit bleue descendait sur le monde.
J’ai vu de ma fenêtre

la fête du couchant sur les coteaux lointains
Parfois, ainsi qu’une médaille

s’allumait un morceau de soleil dans mes mains.
Et je me souvenais de toi le coeur serré

triste de la tristesse à moi que tu connais.
Où étais-tu alors ?

Et parmi quels gens ?

Quels mots prononçais-tu ?

Pourquoi peut me venir tout l’amour d’un seul coup,

lorsque je me sens triste et te connais lointaine ?
Le livre a chu qu’on prend toujours au crépuscule,

ma cape, chien blessé, à mes pieds a roulé.
Tu t’éloignes toujours et toujours dans le soir

vers où la nuit se hâte effaçant les statues.

Pauvres Gosses

Comme il te faut payer sur cette planète

pour nous aimer en toute tranquillité

tout le monde examine les draps,

tous se préoccupent de ton amour.
Et se racontent des choses terribles

au sujet d’un homme et d’une femme

qui après maintes tergiversations

et maintes considérations

font quelque chose d’unique,

ils se couchent dans un seul lit.
Je me demande si les grenouilles

se surveillent et s’éternuent au nez,

si elles se font des messes basses dans les mares

contre les grenouilles illégitimes,

contre le plaisir des batraciens

Je me demande si les oiseaux

ont des oiseaux ennemis

et si le taureau prête l’oreille aux boeufs

avant de rencontrer la vache.
Déjà les routes ont des yeux,

les parcs ont leur police,

leurs secrets les hôtels,

les fenêtres enregistrent les noms,

s’embarquent troupes et canons

déterminés contre l’amour,

travaillent inlassablement

les gorges et les oreilles,

et un garçon et sa petite amie

se mettent à fleurir

en volant sur une bicyclette.
Traduit par Gilles de Seze

11 Presque En Dehors Du Ciel, Ancre Entre Deux Montagnes

Presque en dehors du ciel, ancre entre deux montagnes,

le croissant de la lune.

Tournante, errante nuit, terrassière des yeux,

pour compter les étoiles dans la mare, en morceaux.
Elle est la croix de deuil entre mes sourcils, elle fuit.

Forge de métaux bleus, nuits de lutte cachée,

tourne mon coeur, et c’est un volant fou.

Fille venue de loin, apportée de si loin,

son regard est parfois un éclair sous le ciel.

Incessante complainte et tempête tourbillonnant dans sa furie,

au-dessus de mon coeur passe sans t’arrêter.

Détruis, disperse, emporte, ô vent des sépultures, ta racine assoupie.

De l’autre côté d’elle arrache les grands arbres.

Mais toi, épi, question de fumée, fille claire.

La fille née du vent et des feuilles illuminées.

Par-delà les montagnes nocturnes, lis blanc de l’incendie

ah! je ne peux rien dire! De toute chose elle était faite.
Couteau de l’anxiété qui partagea mon coeur

c’est l’heure de cheminer, sur un chemin sans son sourire.

Tempête, fossoyeur des cloches, trouble et nouvel essor de la tourmente,

Pourquoi la toucher, pourquoi l’attrister maintenant.
Ah! suivre le chemin qui s’éloigne de tout,

que ne fermeront pas la mort, l’hiver, l’angoisse

avec leurs yeux ouverts au coeur de la rosée

Une Chanson Désespérée

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.

La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.
Abandonné comme les quais dans le matin.

C’est l’heure de partir, ô toi l’abandonné!
Des corolles tombant, pluie froide sur mon coeur.

Ô sentine de décombres, grotte féroce au naufragé!
En toi se sont accumulés avec les guerres les envols.

Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.
Tu as tout englouti, comme fait le lointain.

Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut un naufrage!
De l’assaut, du baiser c’était l’heure joyeuse.

lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.
Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,

trouble ivresse d’amour, tout en toi fut naufrage!
Mon âme ailée, blessée, dans l’enfance de brume.

Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!
Tu enlaças la douleur, tu t’accrochas au désir.

La tristesse te renversa et tout en toi fut un naufrage!
Mais j’ai fait reculer la muraille de l’ombre,

j’ai marché au-delà du désir et de l’acte.
Ô ma chair, chair de la femme aimée, de la femme perdue,

je t’évoque et je fais de toi un chant à l’heure humide.
Tu reçus l’infinie tendresse comme un vase,

et l’oubli infini te brisa comme un vase.
Dans la noire, la noire solitude des îles,

c’est là, femme d’amour, que tes bras m’accueillirent.
C’était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.

C’était le deuil, les ruines et tu fus le miracle.
Femme, femme, comment as-tu pu m’enfermer

dans la croix de tes bras, la terre de ton âme.
Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,

le plus désordonné, ivre, tendu, avide.
Cimetière de baisers, dans tes tombes survit le feu,

et becquetée d’oiseaux la grappe brûle encore.
Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,

ô les dents affamées, ô les corps enlacés.
Furieux accouplement de l’espoir et l’effort

qui nous noua tous deux et nous désespéra.
La tendresse, son eau, sa farine légère.

Et le mot commencé à peine sur les lèvres.
Ce fut là le destin où allait mon désir,

où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!
Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,

toute la douleur tu l’as dite et toute la douleur t’étouffe.
De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.

Debout comme un marin à la proue d’un navire.
Et tu as fleuri dans des chants, tu t’es brisé dans des courants.

Ô sentine de décombres, puits ouvert de l’amertume.
Plongeur aveugle et pâle, infortuné frondeur,

explorateur perdu, tout en toi fut naufrage!
C’est l’heure de partir, c’est l’heure dure et froide

que la nuit toujours fixe à la suite des heures.
La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.

Froide l’étoile monte et noir l’oiseau émigre.
Abandonné comme les quais dans le matin.

Et seule dans mes mains se tord l’ombre tremblante.
Oui, bien plus loin que tout. Combien plus loin que tout.
C’est l’heure de partir. Ô toi l’abandonné.

12 À Mon Coeur Suffit Ta Poitrine

À mon coeur suffit ta poitrine,

mes ailes pour ta liberté.

De ma bouche atteindra au ciel

tout ce qui dormait sur ton âme.
En toi l’illusion quotidienne.

Tu viens, rosée sur les corolles.

Absente et creusant l’horizon

Tu t’enfuis, éternelle vague.
je l’ai dit: tu chantais au vent

comme les pins et les mâts des navires.

Tu es haute comme eux et comme eux taciturne.

Tu t’attristes soudain, comme fait un voyage.
Accueillante, pareille à un ancien chemin.

Des échos et des voix nostalgiques te peuplent.

À mon réveil parfois émigrent et s’en vont

des oiseaux qui s’étaient endormis dans ton âme.

13 J’ai Marqué Peu À Peu L’atlas Blanc De Ton Corps

J’ai marqué peu à peu l’atlas blanc de ton corps

avec des croix de flamme.

Ma bouche, une araignée qui traversait, furtive.

En toi, derrière toi, craintive et assoiffée.
Histoires à te raconter sur la berge du crépuscule

douce et triste poupée, pour chasser ta tristesse.

Quelque chose, arbre ou cygne, qui est lointain, joyeux.

Et le temps des raisins, mûr et porteur de fruits.
J’ai vécu dans un port et de là je t’aimais.

Solitude où passaient le songe et le silence.

Enfermé, enfermé entre mer et tristesse.

Silencieux, délirant, entre deux statues de gondoliers.
Entre les lèvres et la voix, quelque chose s’en va mourant.

Ailé comme l’oiseau, c’est angoisse et oubli.

Tout comme les filets ne retiennent pas l’eau.

Il ne reste, poupée, que des gouttes qui tremblent.

Pourtant un chant demeure au coeur des mots fugaces.

Un chant, un chant qui monte à mes lèvres avides.

Pouvoir te célébrer partout les mots de joie.

Chanter, brûler, s’enfuir, comme un clocher aux mains d’un fou.

Que deviens-tu soudain, ô ma triste tendresse?

J’atteins le plus hardi des sommets, le plus froid,

et mon coeur se referme ainsi la fleur nocturne.

14 Ton Jouet Quotidien C’est La Clarté Du Monde

Ton jouet quotidien c’est la clarté du monde.

Visiteuse subtile, venue sur l’eau et sur la fleur.

Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre

entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.
Et depuis mon amour tu es sans ressemblance.

Laisse-moi t’allonger sur des guirlandes jaunes.

Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud?

Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors, quand tu n’existais pas encore.
Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre.

Le ciel est un filet rempli d’obscurs poissons.

Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.

La pluie se déshabille.
Les oiseaux passent en fuyant.

Le vent. Le vent.

Je ne peux que lutter contre la force humaine.

Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres

et détaché toutes les barques qu’hier soir amarra dans le ciel.
Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.

Toi tu me répondras jusqu’à l’ultime cri.

Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.

Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.
Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m’apportes des chèvrefeuilles,

ils parfument jusqu’à tes seins.

Quand le vent triste court en tuant des papillons

moi je t’aime et ma joie mord ta bouche de prune.
Qu’il t’en aura coûté de t’habituer à moi,

à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.

Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l’étoile

et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.
Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.

Depuis longtemps j’aimai ton corps de nacre et de soleil.

L’univers est à toi, voilà ce que je crois.

Je t’apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués

avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.
Je veux faire de toi

ce que fait le printemps avec les cerisiers.

14 Tu Joues Tous Les Jours Avec La Lumière De L’univers

Tu joues tous les jours avec la lumière de l’univers.

Subtile visiteuse, venue sur l’eau et sur la fleur.

Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre

comme une grappe, entre mes mains, chaque jour.
Tu ne ressemble à personne depuis que je t’aime.

Laisse-moi t’allonger sur des guirlandes jaunes.

Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au cœur parmi les étoiles du sud ?

Ah! laisse-moi te rappeler comment tu étais, quand tu n’existais pas encore
Soudain le vent hurle et frappe à ma fenêtre.

Le ciel est un filet rempli poissons sombres

Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.

La pluie se déshabille.
En fuyant passent les oiseaux.

Le vent. Le vent.

Seul, je ne peux que lutter contre la force humaine.

Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres

et détaché toutes les barques qu’hier soir amarra dans le ciel.
Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.

Toi tu me répondras jusqu’à l’ultime cri.

Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.

Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.
Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m’apportes des chèvrefeuilles,
ils parfument jusqu’à tes seins.

Quand le vent triste court en tuant des papillons

moi je t’aime et ma joie mord ta bouche de prune.
Qu’il t’en aura coûté de t’habituer à moi,

à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.

Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l’étoile

et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.
Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.

Depuis longtemps j’aimai ton corps de nacre et de soleil.

L’univers est à toi, voilà ce que je crois.

Je t’apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués

avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.
Je veux faire de toi

ce que fait le printemps avec les cerisiers.

15 J’aime Quand Tu Te Tais, Parce Que Tu Es Comme Absente

J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,

et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas.

On dirait que tes yeux se sont envolés,

et on dirait qu’un baiser t’a clos la bouche
Comme toutes les choses sont remplies de mon âme,

tu émerges des choses pleine de mon âme.

Papillon de rêve, tu ressembles à mon âme

et tu ressembles au mot : mélancolie.
J’aime quand tu te tais et que tu es comme distante.

Et tu es comme plaintive, papillon que l’on berce.

Et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas:

laisse-moi me taire avec ton silence.
Laisse-moi aussi te parler avec ton silence,

clair comme une lampe, simple comme un anneau.

Tu es comme la nuit, silencieuse et constellée.

Ton silence est d’étoile, si lointain et si simple.
J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,

distante et dolente, comme si tu étais morte.

Un mot alors, un sourire suffisent,

et je suis heureux, heureux que ce ne soit pas vrai.