13 J’ai Marqué Peu À Peu L’atlas Blanc De Ton Corps

J’ai marqué peu à peu l’atlas blanc de ton corps

avec des croix de flamme.

Ma bouche, une araignée qui traversait, furtive.

En toi, derrière toi, craintive et assoiffée.
Histoires à te raconter sur la berge du crépuscule

douce et triste poupée, pour chasser ta tristesse.

Quelque chose, arbre ou cygne, qui est lointain, joyeux.

Et le temps des raisins, mûr et porteur de fruits.
J’ai vécu dans un port et de là je t’aimais.

Solitude où passaient le songe et le silence.

Enfermé, enfermé entre mer et tristesse.

Silencieux, délirant, entre deux statues de gondoliers.
Entre les lèvres et la voix, quelque chose s’en va mourant.

Ailé comme l’oiseau, c’est angoisse et oubli.

Tout comme les filets ne retiennent pas l’eau.

Il ne reste, poupée, que des gouttes qui tremblent.

Pourtant un chant demeure au coeur des mots fugaces.

Un chant, un chant qui monte à mes lèvres avides.

Pouvoir te célébrer partout les mots de joie.

Chanter, brûler, s’enfuir, comme un clocher aux mains d’un fou.

Que deviens-tu soudain, ô ma triste tendresse?

J’atteins le plus hardi des sommets, le plus froid,

et mon coeur se referme ainsi la fleur nocturne.

14 Ton Jouet Quotidien C’est La Clarté Du Monde

Ton jouet quotidien c’est la clarté du monde.

Visiteuse subtile, venue sur l’eau et sur la fleur.

Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre

entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.
Et depuis mon amour tu es sans ressemblance.

Laisse-moi t’allonger sur des guirlandes jaunes.

Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud?

Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors, quand tu n’existais pas encore.
Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre.

Le ciel est un filet rempli d’obscurs poissons.

Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.

La pluie se déshabille.
Les oiseaux passent en fuyant.

Le vent. Le vent.

Je ne peux que lutter contre la force humaine.

Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres

et détaché toutes les barques qu’hier soir amarra dans le ciel.
Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.

Toi tu me répondras jusqu’à l’ultime cri.

Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.

Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.
Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m’apportes des chèvrefeuilles,

ils parfument jusqu’à tes seins.

Quand le vent triste court en tuant des papillons

moi je t’aime et ma joie mord ta bouche de prune.
Qu’il t’en aura coûté de t’habituer à moi,

à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.

Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l’étoile

et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.
Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.

Depuis longtemps j’aimai ton corps de nacre et de soleil.

L’univers est à toi, voilà ce que je crois.

Je t’apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués

avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.
Je veux faire de toi

ce que fait le printemps avec les cerisiers.

14 Tu Joues Tous Les Jours Avec La Lumière De L’univers

Tu joues tous les jours avec la lumière de l’univers.

Subtile visiteuse, venue sur l’eau et sur la fleur.

Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre

comme une grappe, entre mes mains, chaque jour.
Tu ne ressemble à personne depuis que je t’aime.

Laisse-moi t’allonger sur des guirlandes jaunes.

Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au cœur parmi les étoiles du sud ?

Ah! laisse-moi te rappeler comment tu étais, quand tu n’existais pas encore
Soudain le vent hurle et frappe à ma fenêtre.

Le ciel est un filet rempli poissons sombres

Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.

La pluie se déshabille.
En fuyant passent les oiseaux.

Le vent. Le vent.

Seul, je ne peux que lutter contre la force humaine.

Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres

et détaché toutes les barques qu’hier soir amarra dans le ciel.
Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas.

Toi tu me répondras jusqu’à l’ultime cri.

Blottis-toi près de moi comme si tu craignais.

Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.
Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m’apportes des chèvrefeuilles,
ils parfument jusqu’à tes seins.

Quand le vent triste court en tuant des papillons

moi je t’aime et ma joie mord ta bouche de prune.
Qu’il t’en aura coûté de t’habituer à moi,

à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir.

Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l’étoile

et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.
Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.

Depuis longtemps j’aimai ton corps de nacre et de soleil.

L’univers est à toi, voilà ce que je crois.

Je t’apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués

avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.
Je veux faire de toi

ce que fait le printemps avec les cerisiers.

15 J’aime Quand Tu Te Tais, Parce Que Tu Es Comme Absente

J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,

et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas.

On dirait que tes yeux se sont envolés,

et on dirait qu’un baiser t’a clos la bouche
Comme toutes les choses sont remplies de mon âme,

tu émerges des choses pleine de mon âme.

Papillon de rêve, tu ressembles à mon âme

et tu ressembles au mot : mélancolie.
J’aime quand tu te tais et que tu es comme distante.

Et tu es comme plaintive, papillon que l’on berce.

Et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas:

laisse-moi me taire avec ton silence.
Laisse-moi aussi te parler avec ton silence,

clair comme une lampe, simple comme un anneau.

Tu es comme la nuit, silencieuse et constellée.

Ton silence est d’étoile, si lointain et si simple.
J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,

distante et dolente, comme si tu étais morte.

Un mot alors, un sourire suffisent,

et je suis heureux, heureux que ce ne soit pas vrai.

16 Tu Es Au Crépuscule Un Nuage Dans Mon Ciel

Paraphrase de Rabindranath Tagore.
Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel,

ta forme, ta couleur sont comme je les veux.

Tu es mienne, tu es mienne, ma femme à la lèvre douce

et mon songe infini s’établit dans ta vie.
La lampe de mon coeur met du rose à tes pieds

et mon vin d’amertume est plus doux sur tes lèvres,

moissonneuse de ma chanson crépusculaire,

tellement mienne dans mes songes solitaires
Tu es mienne, tu es mienne, et je le crie dans la brise

du soir, et le deuil de ma voix s’en va avec le vent.

Au profond de mes yeux tu chasses, ton butin

stagne comme les eaux de ton regard de nuit.
Tu es prise au filet de ma musique, amour,

aux mailles de mon chant larges comme le ciel.

Sur les bords de tes yeux de deuil mon âme est née.

Et le pays du songe avec ces yeux commence.

17 En Pensant, En Prenant Des Ombres Au Filet

En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude profonde.

Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.

Penseur, lâcheur d’oiseaux, images dissipées

et lampes enterrées.

Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut!

Étouffant le gémir,

taciturne meunier de la farine obscure de l’espoir,

la nuit s’en vient à toi, rampant, loin de la ville.
Ta présence a changé et m’est chose étrangère.

Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.

Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.

Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,

en courant libre et fou, dans la buée de la mer.

Cri et triste furie, solitude marine.

Emballé, violent, élancé vers le ciel.
Toi, femme, qu’étais-tu alors? Quelle lame, quelle branche

de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu’à présent.

Incendie dans le bois ! Croix bleues de l’incendie.

Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.

Il s’écroule et crépite. Incendie, incendie.
Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.

Qui appelle? Quel silence peuplé d’échos?

Heure de nostalgie, heure de l’allégresse, heure de solitude,

heure mienne entre toutes!

Trompe qui passe en chantant dans le vent.

Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.
Toutes racines secouées,

toutes les vagues à l’assaut!

Et mon âme roulait, gaie, triste, interminable.
Pensées et lampes enterrées dans la profonde solitude.

Qui es-tu toi, qui es-tu?

18 Ici Je T’aime

Ici je t’aime.

Dans les pins obscurs le vent se démêle.

La lune resplendit sur les eaux vagabondes.

Des jours égaux marchent et se poursuivent.
Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.

Une mouette d’argent du couchant se décroche.

Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.
Ô la croix noire d’un bateau.

Seul.

Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.

La mer au loin sonne et résonne.

Voici un port.

Ici je t’aime.
Ici je t’aime. En vain te cache l’horizon.

Tu restes mon amour parmi ces froides choses.

Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux

qui courent sur la mer au but jamais atteint.
Suis-je oublié déjà comme ces vieilles ancres.

Abordé par le soir le quai devient plus triste.

Et ma vie est lassée de sa faim inutile.

J’aime tout ce que je n’ai pas. Et toi comme tu es loin.
Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.

Il vient pourtant la nuit qui chantera pour moi.

La lune fait tourner ses rouages de songe.
Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.

Pliés à mon amour, les pins dans le vent veulent

chanter ton nom avec leurs aiguilles de fer.

19 Fille Brune, Fille Agile, Le Soleil Qui Fait Les Fruits

Fille brune, fille agile, le soleil qui fait les fruits,

qui alourdit les blés et tourmente les algues,

a fait ton corps joyeux et tes yeux lumineux

et ta bouche qui a le sourire de l’eau.
Noir, anxieux, un soleil s’est enroulé aux fils

de ta crinière noire, et toi tu étires les bras.

Et tu joues avec lui comme avec un ruisseau,

qui laisse dans tes yeux deux sombres eaux dormantes.
Fille brune, fille agile, rien ne me rapproche de toi.

Tout m’éloigne de toi, comme du plein midi.

Tu es la délirante enfance de l’abeille,

la force de l’épi, l’ivresse de la vague.
Mon coeur sombre pourtant te cherche,

J’aime ton corps joyeux et ta voix libre et mince.

Ô mon papillon brun, doux et définitif,

tu es blés et soleil eau et coquelicot.

05 Pour Que Tu M’entendes

Pour que tu m’entendes

mes mots parfois s’amenuisent

comme la trace des mouettes sur la plage.
Collier, grelot ivre

pour le raisin de tes mains douces.
Mes mots je les regarde et je les vois lointains.

Ils sont à toi bien plus qu’à moi.

Sur ma vieille douleur ils grimpent comme un lierre.
Ils grimpent sur les murs humides.

Et de ce jeu sanglant tu es seule coupable.
Ils sont en train de fuir de mon repaire obscur.

Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.
Ce sont eux qui ont peuplé le vide où tu t’installes,

ma tristesse est à eux plus qu’à toi familière.
Ils diront donc ici ce que je veux te dire,

et entends-les comme je veux que tu m’entendes.
Habituel, un vent angoissé les traîne encore

et parfois l’ouragan des songes les renverse.
Tu entends d’autres voix dans ma voix de douleur.

Pleurs de lèvres anciennes, sang de vieilles suppliques.
Ma compagne, aime-moi. Demeure là. Suis-moi.

Ma compagne, suis-moi, sur la vague d’angoisse.
Pourtant mes mots prennent couleur de ton amour.

Et toi tu emplis tout, par toi tout est empli.
Je fais de tous ces mots un collier infini

pour ta main blanche et douce ainsi que les raisins

20 Je Peux Écrire Les Vers Les Plus Tristes Cette Nuit

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.
Écrire, par exemple:  » La nuit est étoilée

et les astres d’azur tremblent dans le lointain.  »
Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.
Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Je l’aimais, et parfois elle aussi elle m’aima.
Les nuits comme cette nuit, je l’avais entre mes bras.

Je l’embrassai tant de fois sous le ciel, ciel infini.
Elle m’aima, et parfois moi aussi je l’ai aimée.

Comment n’aimerait-on pas ses grands yeux fixes.
Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Penser que je ne l’ai pas. Regretter l’avoir perdue.
Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.

Et le vers tombe dans l’âme comme la rosée dans l’herbe.
Qu’importe que mon amour n’ait pas pu la retenir.

La nuit est pleine d’étoiles, elle n’est pas avec moi.
Voilà tout. Au loin on chante. C’est au loin.

Et mon âme est mécontente parce que je l’ai perdue.
Comme pour la rapprocher, c’est mon regard qui la cherche.

Et mon coeur aussi la cherche, elle n’est pas avec moi.
Et c’est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres.

Mais nous autres, ceux d’alors, nous ne sommes plus les mêmes.
je ne l’aime plus, c’est vrai. Pourtant, combien je l’aimais.

Ma voix appelait le vent pour aller à son oreille.
A un autre. A un autre elle sera. Ainsi qu’avant mes baisers.

Avec sa voix, son corps clair. Avec ses yeux infinis.
je ne l’aime plus, c’est vrai, pourtant, peut-être je l’aime.

Il est si bref l’amour et l’oubli est si long.
C’était en des nuits pareilles, je l’avais entre mes bras

et mon âme est mécontente parce que je l’ai perdue.
Même si cette douleur est la dernière par elle

et même si ce poème est les derniers vers pour elle.
(traduit par André Bonhomme et Jean Marcenac)

06 Je Me Souviens De Toi Telle

Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne:

un simple béret gris avec le coeur en paix.

Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.

Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.
Enroulée à mes bras comme un volubilis,

les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.

Un bûcher de stupeur où ma soif se consume.

Douce jacinthe bleue qui se tord sur mon âme.
je sens tes yeux qui vont et l’automne est distant:

béret gris, cris d’oiseau, coeur où l’on est chez soi

et vers eux émigraient mes désirs si profonds

et mes baisers tombaient joyeux comme des braises.
Le ciel vu d’un bateau. Les champs vus des collines:

lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.

Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.

Sur ton âme tournaient les feuilles de l’automne.

La Nuit Dans L’ile

Toute la nuit j’ai dormi avec toi

près de la mer, dans l’île.

Sauvage et douce tu étais entre le plaisir et le sommeil,

entre le feu et l’eau.
Très tard peut-être

nos sommeils se sont-ils unis

par le sommet ou par le fond,

là-haut, comme des branches agitées par le même vent,

en bas, comme rouges racines se touchant.
Peut-être ton sommeil

s’est il aussi dépris du mien

et sur la mer et sur sa nuit

m’a-t-il cherché

comme avant toi et moi,

quand tu n’existais pas encore,

quand, sans t’apercevoir,

je naviguais de ton côté

et que tes yeux cherchaient

ce qu’aujourd’hui

– pain, vin, amour, colère –

je t’offre à pleines mains

à toi, la coupe

qui attendait de recevoir les présents de ma vie.
J’ai dormi avec toi

toute la nuit alors

que la terre en sa nuit tournait

avec ses vivants et ses morts,

et lorsque je me réveillais

soudain, par l’ombre environné,

mon bras te prenait par la taille.

La nuit ni le sommeil

n’ont pu nous séparer.
J’ai dormi avec toi

et ta bouche, au réveil,

sortie de ton sommeil

me donna la saveur de terre,

d’algues, d’onde marine,

qui s’abrite au fond de ta vie.

Alors, j’ai reçu ton baiser

que l’aurore mouillait

comme s’il m’arrivait

de cette mer qui nous entoure.
Traduction Pierre Clavilier

07 Incliné Sur Les Soirs Je Jette Un Filet Triste

Incliné sur les soirs je jette un filet triste

sur tes yeux d’océan.
Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,

ma solitude aux bras battants comme un noyé.
Tes yeux absents, j’y fais des marques rouges

et ils ondoient comme la mer au pied d’un phare.
Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,

de ton regard surgit la côte de l’effroi.
Incliné sur les soirs je jette un filet triste

sur la mer qui secoue tes grands yeux d’océan.
Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles

qui scintillent comme mon âme quand je t’aime.
Et la nuit galopant sur sa sombre jument

éparpille au hasard l’épi bleu sur les champs

La Poésie

Et ce fut à cet âge La poésie

vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où

elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.

Je ne sais ni comment ni quand,

non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas

des mots, ni le silence:

d’une rue elle me hélait,

des branches de la nuit,

soudain parmi les autres,

parmi des feux violents

ou dans le retour solitaire,

sans visage elle était là

et me touchait.
Je ne savais que dire, ma bouche

ne savait pas

nommer,

mes yeux étaient aveugles,

et quelque chose cognait dans mon âme,

fièvre ou ailes perdues,

je me formai seul peu à peu,

déchiffrant

cette brûlure,

et j’écrivis la première ligne confuse,

confuse, sans corps, pure

ânerie,

pur savoir

de celui-là qui ne sait rien,

et je vis tout à coup

le ciel

égrené

et ouvert,

des planètes,

des plantations vibrantes,

l’ombre perforée,

criblée

de flèches, de feu et de fleurs,

la nuit qui roule et qui écrase, l’univers.
Et moi, infime créature,

grisé par le grand vide

constellé,

à l’instar, à l’image

du mystère,

je me sentis pure partie

de l’abîme,

je roulai avec les étoiles,

mon coeur se dénoua dans le vent.

08 Abeille Blanche, Ivre De Miel, Toi Qui Bourdonnes Dans Mon Âme

Abeille blanche, ivre de miel, toi qui bourdonnes dans mon âme,

tu te tords en lentes spirales de fumée.
je suis le désespéré, la parole sans écho,

celui qui a tout eu, et qui a tout perdu.
Dernière amarre, en toi craque mon anxiété dernière.

En mon désert tu es la rose ultime.
Ah! silencieuse!
Ferme tes yeux profonds. La nuit y prend son vol.

Ah! dénude ton corps de craintive statue.
Tu as des yeux profonds où la nuit bat des ailes.

Et de frais bras de fleur et un giron de rose.
Et tes seins sont pareils à des escargots blancs.

Un papillon de nuit dort posé sur ton ventre.
Ah! silencieuse!
Voici la solitude et tu en es absente.

Il pleut. Le vent de mer chasse d’errantes mouettes.
L’eau marche les pieds nus par les routes mouillées.

Et la feuille de l’arbre geint, comme un malade.
Abeille blanche, absente, en moi ton bourdon dure.

Tu revis dans le temps, mince et silencieuse.
Ah! silencieuse!