Porc

Les Animaux et leurs hommes
Du soleil sur le dos, du soleil sur le ventre,

La tête grosse et immobile

Comme un canon,

Le porc travaille.

Sérénité

Mes sommets étaient à ma taille

J’ai roulé dans tous mes ravins

Et je suis bien certain que ma vie est banale

Mes amours ont poussé dans un jardin commun

Mes vérités et mes erreurs

J’ai pu les peser comme on pèse

Le blé qui double le soleil

Ou bien celui qui manque aux granges

J’ai donné à ma soif l’ombre d’un gouffre lourd

J’ai donné à ma joie de comprendre la forme

D’une jarre parfaite.

Porte Ouverte

La vie est bien aimable.

Venez à moi, si je vais à vous c’est un jeu,

Les anges des bouquets dont les fleurs changent de couleur.

Ses Yeux Sont Des Tours De Lumière

Ses yeux sont des tours de lumières

Sous le front de sa nudité.
À fleur de transparence

Les retours de pensées

Annulent les mots qui sont sourds.

Elle efface toutes les images

Elle éblouie l’amour et ses ombres rétives

Elle aime — elle aime à s’oublier.

Poule

Les Hommes et leurs animaux
Il faut que la poule ponde :

Poule avec ses fruits mûrs,

Poule avec notre gain.

Si Calme La Peau Grise Éteinte Calcinée

Si calme la peau grise éteinte calcinée

Faible de la nuit prise dans ses fleurs de givre

Elle n’a plus de la lumière que les formes.
Amoureuse cela lui va bien d’être belle

Elle n’attend pas le printemps.
La fatigue la nuit le repos le silence

Tout un monde vivant entre des astres morts

La confiance dans la durée

Elle est toujours visible quand elle aime.

Pour Se Prendre Au Piège

C’est un restaurant comme les autres. Faut-il croire que je ne ressemble à personne ? Une grande femme, à côté de moi, bat des œufs avec ses doigts. Un voyageur pose ses vêtements sur une table et me tient tête. Il a tort, je ne connais aucun mystère, je ne sais même pas la signification du mot : mystère, je n’ai jamais rien cherché, rien trouvé, il a tort d’insister.
L’orage qui, par instants, sort de la brume me tourne les yeux et les épaules. L’espace a alors des portes et de fenêtres. Le voyageur me déclare que je ne suis plus le même. Plus le même ! Je ramasse les débris de toutes mes merveilles. C’est la grande femme qui m’a dit que ce sont des débris de merveilles, ces débris. Je les jette aux ruisseaux vivaces et pleins d’oiseaux. La mer, la calme mer est entre eux comme le ciel dans la lumière. Les couleurs aussi, si l’on me parle des couleurs, je ne regarde plus. Parlez-moi des formes, j’ai grand besoin d’inquiétude.
Grande femme, parle-moi des formes, ou bien je m’endors et je mène la grande vie, les mains prises dans la tête et la tête dans la bouche, dans la bouche bien close, langage intérieur.