Vêtue À L’envi D’un Beau Soir

Vêtue à l’envi d’un beau soir
D’une liquette d’écarlate
Et d’un seul bas noir, délicate
À voir,

Telles, divin marquis, les seules
Couleurs peignant à ton désir
La mort de sable, et du plaisir
Les gueules.

Vous Me Reprochez Entre Tant

Vous me reprochez, entre tant,
D’être chipé pour la boniche.
Mais vous donner mon cœur, autant
Porter des cerises à Guiche.

Ne prenez pas cet air pointu
En parlant d’amour ancillaire.
Achille a taxé sa vertu
Au prix des captives, ma chère.

Et je sais, brûlé d’autres cieux,
Un village sous les goyaves,
Peuplé des fils par mes aïeux
Qu’ils avaient fait à leurs esclaves.

Vous Qui Retournez Du Cathai

Vous qui retournez du Cathai

Par les Messageries,

Quand vous berçaient à leurs féeries

L’opium ou le thé,
Dans un palais d’aventurine

Où se mourait le jour,

Avez-vous vu Boudroulboudour,

Princesse de la Chine,
Plus blanche en son pantalon noir

Que nacre sous l’écaille ?

Au clair de lune, Jean Chicaille,

Vous est-il venu voir,
En pleurant comme l’asphodèle

Aux îles d’Ouac-Wac,

Et jurer de coudre en un sac

Son épouse infidèle,
Mais telle qu’à travers le vent

Des mers sur le rivage

S’envole et brille un paon sauvage

Dans le soleil levant ?

Vous Souvient-il De L’auberge

Vous souvient-il de l’auberge

Et combien j’y fus galant ?

Vous étiez en piqué blanc :

On eût dit la Sainte Vierge.
Un chemineau navarrais

Nous joua de la guitare.

Ah ! que j’aimais la Navarre,

Et l’amour, et le vin frais.
De l’auberge dans les Landes

Je rêve, et voudrais revoir

L’hôtesse au sombre mouchoir,

Et la glycine en guirlandes.

Pâle Matin De Février

Pâle matin de Février

Couleur de tourterelle

Viens, apaise notre querelle,

Je suis las de crier ;
Las d’avoir fait saigner pour elle

Plus d’un noir encrier

Pâle matin de Février

Couleur de tourterelle.

Tandis Qu’à L’argile Au Flanc Vert

Tandis qu’à l’argile au flanc vert,

Dessus ton front haussée,

Perlait le pleur d’une eau glacée,

Les dailleurs, à couvert :
  » Enfant, riait leur voix lointaine,

Voilà temps que tu bois.

Si Monsieur Paul est dans le bois,

Avise à la fontaine.
  » Mais avise aussi de briser

Ta cruche en tournant vite.

Ah, que dirait ta mère. Evite

Son bras. Prends le baiser.   »
Le temps était couleur de pêche.

Sur le Saleys qui dort

Un oiseau d’émeraude et d’or

Fila comme une flèche.

Plus Oultre

Au mois d’aimer, au mois de Mai,

Quand Zo’ va cherchant sous les branches

Le bien-aimé,
Son jupon, tendu sur les hanches ;

Me fait songer à l’aile blanche

Du voilier
Mers qui battez au pied des mornes

Et dont un double Pilier.

Dressa les bornes.

Tel Variait Au Jour Changeant

Tel variait au jour changeant

– Avec l’or de tes boucles,

Le sang d’un collier d’escarboucles

Dans ma tasse d’argent
Qui, tout de roses couronnée,

– Sur la ligne où se joint

L’ombre au soleil jetait au loin

Une pourpre alternée ;
Lilith, et, telle, un jour d’été,

J’ai vu noircir ta joue,

Quand le désir trouble, et déjoue,

Ta pliante fierté.
(Talmud babylon.)

Pour Une Dame Imaginaire

Pour une dame imaginaire

Aux yeux couleur du temps,

J’ai rimé longtemps, bien longtemps :

J’en étais poitrinaire.
Quand vint un jour où, tout à coup,

Nous rimâmes ensemble.

Rien que d’y penser, il me semble

Que j’ai la corde au cou.

Toi Pour Qui Les Dieux Du Mystère

Toi, pour qui les dieux du mystère

Sont restés étrangers,

J’ai vu ta mâne aux pieds légers,

Descendre sous la terre,
Comme en un songe où tu te vois

A toi-même inconnue,

Tu n’étais plus, errante et nue, –

Qu’une image sans voix ;
Et la source, noire, où t’accueille

Une fauve clarté ;

Une étrange félicité,

Un rosier qui s’effeuille

L’immortelle, Et L’oeillet De Mer

L’immortelle, et l’oeillet de mer
Qui pousse dans le sable,
La pervenche trop périssable,
Ou ce fenouil amer

Qui craquait sous la dent des chèvres
Ne vous en souvientil,
Ni de la brise au sel subtil
Qui nous brûlait aux lèvres ?

Princes De La Chine

a. Les trois princes Pou, Lou et You,

Ornement de la Chine,

Voyagent. Deux vont à machine,

Mais You, c’est en youyou.
Il va voir l’Alboche au crin jaune

Qui lui dit :   » I love you.   »

– Elle est Française ! assure You.

Mais non, royal béjaune.
Si tu savais ce que c’est, You ;

Qu’une Française, et tendre ;

Douce à la main, douce à l’entendre :

Du feu comme un caillou.
b. Mgr Pou n’aime ici-bas

Que le sçavoir antique,

Ses aïeux, et la politique

Du Journal des Débats.
Elle qui naquit sous le feutre

Des chevaliers mandchoux,

Sa femme a le coeur dans les choux :

Dieu punisse le neutre !
Mgr Pou, mauvais époux,

Tu cogites sans cesse.

Pas tant de g. pour la Princesse :

Fais-lui des petits Pous.
c. Sous les pampres de pourpre et d’or,

Dans l’ombre parfumée,

Ivre de songe et de fumée,

Le prince Lou s’endort.
Tandis que l’opium efface

Badoure à son côté,

Il rêve à la jeune beauté

Qui brilla sur sa face.
Ainsi se meurt, d’un beau semblant,

Lou, l’ivoire à la bouche.

Badoure en crispant sa babouche

Pense à son deuil en blanc.

Toi Qu’empourprait

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver

Comme une rouge nue

Où déjà te dessinait nue

L’arôme de ta chair ;
Ni vous, dont l’image ancienne

Captive encor mon coeur,

Ile voilée, ombres en fleurs,

Nuit océanienne ;
Non plus ton parfum, violier

Sous la main qui t’arrose,

Ne valent la brûlante rose

Que midi fait plier.

L’ingénue

D’une amitié passionnée

Vous me parlez encor,

Azur, aérien décor,

Montagne Pyrénée,
Où me trompa si tendrement

Cette ardente ingénue

Qui mentait, fût-ce toute nue,

Sans rougir seulement.
Au lieu que toi, sublime enceinte,

Tu es couleur du temps :

Neige en Mars ; roses du printemps

Août, sombre hyacinthe.

Puisque Tes Jours Ne T’ont Laissé

Puisque tes jours ne t’ont laissé

Qu’un peu de cendre dans la bouche,

Avant qu’on ne tende la couche

Où ton coeur dorme, enfin glacé,

Retourne, comme au temps passé,

Cueillir, près de la dune instable,

Le lys qu’y courbe un souffle amer,

– Et grave ces mots sur le sable :

Le rêve de l’homme est semblable

Aux illusions de la mer.