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Auteur : Paul Valéry

Naissance De Vénus

De sa profonde mère, encor froide et fumante, Voici qu’au seuil battu de tempêtes, la chair Amèrement vomie au soleil par la mer, Se délivre des diamants de la tourmente. Son sourire se forme, et suit sur ses bras blancs Qu’éplore l’orient d’une épaule meurtrie, De l’humide Thétis la pure…

Le Bois Amical

Nous avons pensé des choses pures Côte à côte, le long des chemins, Nous nous sommes tenus par les mains Sans dire parmi les fleurs obscures; Nous marchions comme des fiancés Seuls, dans la nuit verte des prairies; Nous partagions ce fruit de féeries La lune amicale aux insensés Et…

Le Cimetière Marin

Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer, toujours recommencée Ô récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme des dieux! Quel pur travail de fins éclairs consume Maint diamant d’imperceptible…

Le Rameur

A André Lebey. Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames M’arrachent à regret aux riants environs; Âme aux pesantes mains, pleines des avirons, Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames. Le coeur dur, l’oeil distrait des beautés que je bats, Laissant autour de moi mûrir…

Le Sylphe

Ni vu ni connu Je suis le parfum Vivant et défunt Dans le vent venu! Ni vu ni connu Hasard ou génie? À peine venu La tâche est finie! Ni lu ni compris? Aux meilleurs esprits Que d’erreurs promises! Ni vu ni connu, Le temps d’un sein nu Entre deux…

Le Vin Perdu

J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux Qui voulut ta perte, ô liqueur? J’obéis peut-être au devin? Peut-être au souci de mon coeur, Songeant au sang, versant le vin? Sa transparence accoutumée Après…

Les Grenades

Dures grenades entr’ouvertes Cédant à l’excès de vos grains, Je crois voir des fronts souverains Éclatés de leurs découvertes! Si les soleils par vous subis, Ô grenades entre-bâillées Vous ont fait d’orgueil travaillées Craquer les cloisons de rubis, Et que si l’or sec de l’écorce À la demande d’une force…

Les Pas

Tes pas, enfants de mon silence, Saintement, lentement placés, Vers le lit de ma vigilance Procèdent muets et glacés. Personne pure, ombre divine, Qu’ils sont doux, tes pas retenus! Dieux! tous les dons que je devine Viennent à moi sur ces pieds nus! Si, de tes lèvres avancées, Tu prépares…

Les Vaines Danseuses

Celles qui sont des fleurs légères sont venues, Figurines d’or et beautés toutes menues Où s’irise une faible lune Les voici Mélodieuses fuir dans le bois éclairci. De mauves et d’iris et de nocturnes roses Sont les grâces de nuit sous leurs danses écloses. Que de parfums voilés dispensent leurs…

L’insinuant

Ô courbes, méandre, Secrets du menteur, Est-il art plus tendre Que cette lenteur? Je sais où je vais, Je t’y veux conduire, Mon dessein mauvais N’est pas de te nuire Quoique souriante En pleine fierté, Tant de liberté Te désoriente? Ô Courbes, méandres, Secrets du menteur, Je veux faire attendre…

Même Féerie

La lune mince verse une lueur sacrée, Comme une jupe d’un tissu d’argent léger, Sur les masses de marbre où marche et croit songer Quelque vierge de perle et de gaze nacrée. Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux De carènes de plume à demi lumineuse, Sa main cueille…

L’amateur De Poèmes

Si je regarde tout à coup ma véritable pensée, je ne me console pas de devoir subir cette parole intérieure sans personne et sans origine ; ces figures éphémères ; et cette infinité d’entreprises interrompues par leur propre facilité, qui se transforment l’une dans l’autre, sans que rien ne change…

Narcisse Parle

Narcissiae placandis manibus. Ô frères! tristes lys, je languis de beauté Pour m’être désiré dans votre nudité, Et vers vous, Nymphe, Nymphe, ô Nymphe des fontaines, Je viens au pur silence offrir mes lames vaines. Un grand calme m’écoute, où j’écoute l’espoir. La voix des sources change et me parle…

Ode Secrète

Chute superbe, fin si douce, Oubli des luttes, quel délice Que d’étendre à même la mousse Après la danse, le corps lisse! Jamais une telle lueur Que ces étincelles d’été Sur un front semé de sueur N’avait la victoire fêté! Mais touché par le Crépuscule, Ce grand corps qui fit…

Orphée

Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée L’Admirable! le feu, des cirques purs descend; Il change le mont chauve en auguste trophée D’où s’exhale d’un dieu l’acte retentissant. Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant; Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres; Une plainte inouïe appelle…