L’anneau Madré Qui Le Doigt Environne

Les pièces d’eau, songeant dans les parcs taciturnes,
Dans les grands parcs muets semés de boulingrins,
S’aigrissent ; et n’ont plus pour tromper leurs chagrins
Qu’un décalque de ciel avant les deuils nocturnes ;

Une fête galante en nuages mirés,
En nuages vêtus de satin soufre et rose
Qui s’avancent noués de rubans et parés
Pour quelque menuet ou quelque apothéose :

Nuages du couchant en souples falbalas ;
Atours bouffants, paniers sur des hanches aiguës,
Tout se mire parmi les vasques exiguës ;
Et le siècle défunt revit dans le coeur las,

Dans le coeur las de l’eau qui soudain se colore
Et croit revoir de belles dames sur ses bords
Le coeur de l’eau des pièces d’eau se remémore,
Lui qui songeait : ‘ ah ! Qu’il est loin le temps d’alors,

Le joli temps des fins corsages à ramages ! ‘
Or ce temps recommence et l’eau revoit encor
Mais pour un court instant, l’ancien et cher décor,
Souvenir qui repasse au hasard des nuages…

Car c’est tout simplement cela, le souvenir :
Un mirage éphémèreune pitié des choses
Qui dans notre âme vide ont l’air de revenir ;
Tel, dans les pièces d’eau, le ciel en robes roses !