La Pierre Aqueuse

Ce bon vieux pont, sous ses trois arches,
En a déjà bien vu de l’eau
Passer verte avec du galop
Ou du rampement dans sa marche.

Il connaît le pas, la démarche
De l’errant qui porte un ballot,
Du petit berger tout pâlot
Et du mendiant patriarche.

Au creux de ce profond pays,
Entre ces grands bois recueillis
Où l’ombre humide a son royaume,

Le jour, à peine estil réel !…
Le soir, sous l’oeil rouge du ciel,
Il devient tout à fait fantôme.

La Pierre Du Coq

Je suis tel qu’un ponton sans vergues et sans mâts,
Aventureux débris des trombes tropicales,
Et qui flotte, roulant des lingots dans ses cales,
Sur une mer sans borne et sous de froids climats.

Les vents sifflaient jadis dans ses raille poulies.
Vaisseau désemparé qui ne gouverne plus,
Il roule, vain jouet du flux et du reflux,
L’ancien explorateur des vertes Australies !

Il ne lui reste plus un seul des matelots
Qui chantaient sur la hune en dépliant la toile.
Aucun phare n’allume au loin sa rouge étoile ;
Il tangue, abandonné tout seul sur les grands flots.

La mer autour de lui se soulève et le roule,
Et chaque lame arrache une poutre à ses flancs ;
Et les monstres marins suivent de leurs yeux blancs
Les mirages confus du cuivre sous la houle.

Il flotte, épave inerte, au gré des flots houleux,
Dédaigné des croiseurs aux Nonnettes tendues,
La coque lourde encor de richesses perdues,
De trésors dérobés aux pays fabuleux.

Tel je suis. Vers quels ports, quels récifs, quels abîmes,
Doistu les charrier, les secrets de mon coeur ?
Qu’importe ? Viens à moi, Caron, vieux remorqueur.
Ecumeur taciturne aux avirons sublimes !

Le Ver Luisant De Nuit

xxJamais ne se puisse lasser
Ma Muse de chanter la gloire
D’un Ver petit, dont la mémoire
Jamais ne se puisse effacer :
D’un Ver petit, d’un Ver luisant,
D’un Ver sous la noire carrière
Du ciel, qui rend une lumière
De son feu le ciel méprisant.
xxUne lumière qui reluit
Au soir, sur l’herbe roussoyante,
Comme la tresse rayonnante
De la courrière de la nuit.
D’un Ver tapi sous les buissons,
Qui au laboureur prophétise
Qu’il faut que pour faucher aiguise
Sa faux, et fasse les moisons.
xxGentil prophète et bien apris,
Apris de Dieu qui te fait naître
Non pour néant, mais pour accroître
Sa grandeur dedans nos esprits !
xxEt pour montrer au laboureur
Qu’il a son ciel dessus la terre,
Sans que son œil vaguement erre
En haut pour apprendre le heur
Ou de la teste du Taureau,
Ou du Cancre, ou du Capricorne,
Ou du Bélier qui de sa corne
Donne ouverture au temps nouveau.
xxVraiment tu te dois bien vanter
Etre seul ayant la poitrine
Pleine d’une humeur cristalline
Qui te fait voir, et souhaiter
Des petits enfants seulement,
Ou pour te montrer à leur père,
Ou te pendre au sein de leur mère
Pour lustre, comme un diamant.
xxVis donc, et que le pas divers
Du pied passager ne t’offense,
Et pour ta plus sûre défense
Choisis le fort des buissons vers.

Les Beautés Que J’adore

Cent fois le jour je rebaise la main,
Folâtrement qui dedans l’eau glissante
Toucha de près ta cuisse blanchissante,
Ton pied mignard, ta grève et ton beau sein.

Cent et cent fois je prie Dieu, mais en vain,
Et les saints feux de la nuit brunissante,
Me faire voir ta tresse blondissante,
Tes yeux, ta bouche, et ton visage plein.

Si j’ai cette heure de les revoir encore
Je chanterais les beautés que j’adore,
Et les honneurs d’un si brave sujet :

Mais les voyant ma vue est éblouie,
Je perds le sens, la raison et l’ouïe
Par les rayons d’un si gentil objet.

L’ombre

Étant au frais de l’ombrage
De cet ormeau refrisé
Sur les plis de son feuillage,
D’un beau sep favorisé,
D’un beau sep qui l’entortille,
Et qui de grâce gentille
A son tige éternisé :

Et prenant l’haleine douce
D’un doux Zéphyr voletant,
Qui de mignarde secousse
Un doux soupir va soufflant,
Je suis contraint en échange
De te chanter la louange
De cette Ombre tremblotant.

Ombre gentil, qui modères
Sous une fraîche douceur
Les plus ardentes colères
Du ciel, étant en chaleur,
Et les plus chaudes haleines
Que reçoivent point les plaines
Du Soleil en son ardeur.

D’une couleur ombrageuse,
Tu contrefais le portrait
Que la main industrieuse
De la Nature portrait :
Tu contrefais en nuage,
De tout apparent visage,
D’un noir brun, le premier trait.

C’est toi qui retiens en bride
Des heures le glissant pas,
Et l’inconstance du vuyde
Qui mesures aux compas :
C’est toi qui brunis et voiles
Le feu brillant des étoiles
Qui rayonne en contrebas.

C’est toi qui fais que la Lune
Mène au galop ses morceaux
Le long de la lisse brune,
Claire de mille flambeaux :
C’est toi qui de main maîtresse
Pousse avant la blonde tresse
Du Soleil au fond des eaux.

C’est toi qui sur l’herbelette
De ton Été froidureux,
Entends la douce musette
Et les discours amoureux
Du berger à la bergère,
Lors que la Chienne en colère
Rend ses abois chaleureux.

Ombre frais je te salue,
Je te salue, ô l’honneur
De la crinière feuillue
Des bois, et de la fraîcheur,
Et des antres solitaires,
Les plus loyaux secrétaires
De ma plaintive langueur.

Le Désir

Celuy n’est pas heureux qui n’a ce qu’il desire,
Mais bien-heureux celuy qui ne desire pas
Ce qu’il n’a point : l’un sert de gracieux appas
Pour le contentement, et l’autre est un martyre.

Desirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion ; donc ne desirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien
Ores qu’il fust petit, c’est fortune prospere.

Le Desir d’en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents
Le Desir importun aux petits d’estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.

L’un poussé de l’honneur par flateuse industrie
Desire ambitieux sa fortune avancer ;
L’autre se voyant pauvre à fin d’en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.

L’un pippé du Desir, seulement pour l’envie
Qu’il a de se gorger de quelque faux plaisir,
Enfin ne gaigne rien qu’un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.

L’un pour se faire grand et redorer l’image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Souspire apres un vent qui le plonge en erreur,
Car le Desir n’est rien qu’un perilleux orage.

L’autre esclave d’Amour, desirant l’avantage
Qu’on espere en tirer, n’embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D’un refus, d’un dédain et d’un mauvais visage.

L’un plein d’ambition, desireux de parestre
Favori de son Roy, recherchant son bonheur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.

Desirer est un mal, qui vain nous ensorcelle ;
C’est heur que de jouir, et non pas d’esperer :
Embrasser l’incertain, et tousjours desirer
Est une passion qui nous met en cervelle.

Bref le Desir n’est rien qu’ombre et que pur mensonge,
Qui travaille nos sens d’un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l’image d’un songe.

Mai

Pendant que ce mois renouvelle
D’une course perpétuelle
La vieillesse et le tour des ans :
Pendant que la tendre jeunesse
Du ciel remet en allégresse
Les hommes, la terre, et le temps.

Pendant que les Arondelettes
De leurs gorges mignardelettes
Rappellent le plus beau de l’an,
Et que pour leurs petits façonnent
Une couette, qu’ils maçonnent
De leur petit bec artisan.

En ce mois Venus la sucrée,
Amour, et la troupe sacrée
Des Grâces, des Ris, et des Jeux,
Vont rallumant dedans nos veines
L’ardeur des amoureuses peines,
Qui glissent en nous par les yeux.

Pendant que la vigne tendrette,
D’une entreprise plus secrète
Forme le raisin verdissant,
Et de ses petits bras embrasse
L’orme voisin, qu’elle entrelace
De pampre mollement glissant :

Et que les brebis camusettes
Tondent les herbes nouvelettes,
Et le chevreau à petits bons
Échauffe sa corne et sautelle
Devant sa mère, qui broutelle
Sur le roc les tendres jetons.

Pendant que la voix argentine
Du Rossignol, dessus l’épine
Dégoise cent fredons mignards :
Et que l’Avette ménagère
D’une aile tremblante et légère
Vole en ses pavillons bruyards.

Pendant que la terre arrosée
D’une fraîche et douce rosée
Commence à brouter et germer :
Pendant que les vents des Zéphyrs
Flattent le voile des navires
Frisant la plaine de la mer.

Ce pendant que les tourterelles,
Les pigeons et les colombelles
Font l’amour en ce mois si beau,
Et que leurs bouchettes beffonnes
À tours et reprises mignonnes
Frayent près le coulant d’une eau.

Et que la tresse blondissante
De Cerés, sous le vent glissante,
Se frise en menus crépillons,
Comme la vague redoublée
Pli sur pli s’avance écoulée
Au galop dessus les sablons.

Bref, pendant que la terre, et l’onde
Et le flambeau de ce bas monde,
Se réjouissent à leur tour,
Pendant que les oiseaux se jouent
Dedans l’air, et les poissons nouent
Sous l’eau pour les feux de l’Amour :

Qu’il te souvienne, ma chère âme,
De ta moitié, ta sainte flamme,
Et de son parler gracieux,
Des chastes feux et grâces belles,
Et de ses vertus immortelles
Qui se logent dedans ses yeux.

Qu’il te souvienne que les roses
Du matin jusqu’au soir écloses,
Perdent la couleur et l’odeur,
Et que le temps pille et dépouille
Du printemps la douce dépouille,
Les feuilles, le fruit, et la fleur.

Souviens-toi que la vieillesse
D’une courbe et lente faiblesse
Nous fera chanceler le pas,
Que le poil grison et la ride,
Les yeux cavés et la peau cuide
Nous traîneront tous au trépas.

Va donc, et que ces charmeresses,
Ces Muses, ces sœurs piperesses
N’enchantent ton gentil esprit.
Bouche tes oreilles de cire
Et sauf de péril te retire
À cet œil qui premier te prit.

Or que la Seine vienne étendre
Ses bras courbés pour te surprendre
Et te nourrir en son Paris
Malgré les faveurs de Garonne,
À ton retour qui te couronne
Comme l’un de ses favoris.

Or que tu laisses une plainte,
Un regret, à la troupe sainte,
Qui t’honore et te vante sien,
Et qui jusqu’aux rives barbares
Publiera les louanges rares
De tes vertus, et le nom tien.

Va donc, et prend la jouissance
Des soupirs, qu’une longue absence
A fait renaître dedans toi :
Va que Paris ne te retienne,
Ma chère âme, et qu’il te souvienne
Des Muses, d’Amour, et de moi.

Avril

Avril, l’honneur et des bois
Et des mois,
Avril, la douce espérance
Des fruits qui sous le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance ;

Avril, l’honneur des prés verts,
Jaune, pers,
Qui d’une humeur bigarrée
Émaillent de mille fleurs
De couleurs
Leur parure diaprée ;

Avril, l’honneur des soupirs
Des zéphyrs,
Qui, sous le vent de leur aile,
Dressent encore es forêts
Des doux rets
Pour ravir Flore la belle ;

Avril, c’est ta douce main
Qui du sein
De la nature desserre
Une moisson de senteurs
Et de fleurs,
Embaumant l’air et la terre.

Avril, l’honneur verdissant,
Florissant
Sur les tresses blondelettes
De ma dame, et de son sein
Toujours plein
De mille et mille fleurettes ;

Avril, la grâce et le ris
De Cypris,
Le flair et la douce haleine ;
Avril, le parfum des dieux
Qui des cieux
Sentent l’odeur de la plaine.

C’est toi courtois et gentil
Qui d’exil
Retire ces passagères,
Ces arondelles qui vont
Et qui sont
Du printemps les messagères.

L’aubépine et l’aiglantin,
Et le thym,
L’oeillet, le lis et les roses,
En ceste belle saison,
À foison,
Montrent leurs robes écloses.

Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Découpe dessous l’ombrage
Mille fredons babillars,
Frétillars
Au doux chant de son ramage.

C’est à ton heureux retour
Que l’amour
Souffle à doucettes haleines
Un feu croupi et couvert
Que l’hiver
Recelait dedans nos veines.

Tu vois en ce temps nouveau
L’essaim beau
De ces pillardes avettes
Voleter de fleur en fleur
Pour l’odeur
Qu’ils mussent en leurs cuissettes.

Mai vantera ses fraîcheurs,
Ses fruits meurs
Et sa féconde rosée,
La manne et le sucre doux,
Le miel roux,
Dont sa grâce est arrosée.

Mais moi je donne ma voix
À ce mois,
Qui prend le surnom de celle
Qui de l’écumeuse mer
Voit germer
Sa naissance maternelle.

Chanson

Faites-vous la sourde, Macée ?
Voyez Combaut qui vient à vous,
Pour ravoir ce que votre œil doux
Lui a tiré de sa pensée.

Vous l’avez, et lui ne l’a plus,
Voyez sa couleur jaune et fade,
Et tout le reste si malade,
Qu’il en est demeuré perclus.

M’amour, si vous voulez qu’il vive,
Rendez-lui tôt, car vous l’avez :
Regardez ses yeux tous cavés,
Qui de vivre n’ont plus d’envie.

Ou le gardez, si votre amour
Souhaite, cruelle, qu’il meure :
Car en plus gentille demeure
Ne saurait faire son séjour.

II vous aime plus que l’Avette
Au mois d’avril n’aime les fleurs,
Plus que le berger aux chaleurs
L’ombre mollet de la coudrette.

II est brun, mais la terre brune
Toujours porte les beaux épis,
Et parmi les ombreuses nuits
II n’est clarté que de la Lune.

II n’est ni trop laid ni trop beau,
Hier je regardais sa face
Dedans la fontaine qui passe
Contre le pied de cet ormeau.

II est riche assez pour vous deux,
Et si n’a bien qu’il ne vous donne,
Aimez-le seulement, mignonne,
Mon Dieu, il sera trop heureux !

II a déjà trois cochons de lait,
Qui sont sous le ventre de leur mère
Et trois brebis avec le père
Qui nourrissent un agnelet.

Toujours il a dans sa logette
Du fromage gras à foison,
Et du lait en toute saison
Avec la châtaigne mollette.

II sait le train du pâturage,
Et sait la terre ensemencer,
Et si sait aussi bien danser
Que jouvenceau (*) de ce village.

II vous aime plus que son cœur,
Que tenez en prison cruelle :
Ne lui soyez donc plus rebelle,
Et le prenez pour serviteur.

* Jouvenceau : Jeune homme.

Si Tu Veux Que Je Meure

Si tu veux que je meure entre tes bras, m’amie,
Trousse l’escarlatin (*) de ton beau pelisson (*)
Puis me baise et me presse, et nous entrelaçons
Comme, autour des ormeaux, le lierre se plie.

Dégrafe ce colet, m’amour, que je manie
De ton sein blanchissant le petit mont besson :
Puis me baise et me presse, et me tiens de façon
Que le plaisir commun nous enivre, ma vie.

L’un va cherchant la mort aux flancs d’une muraille
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille
Pour acheter un nom qu’on surnomme l’honneur.

Mais moi, je veux mourir sur tes lèvres, maîtresse,
C’est ma gloire, mon heure, mon trésor, ma richesse,
Car j’ai logé ma vie en ta bouche, mon cœur.

* Escarlatin : Étoffe.
* Pelisson : Vêtement de dessous.

Douce Et Belle Bouchelette

Ainsi, ma douce guerrière
Mon cœur, mon tout, ma lumière,
Vivons ensemble, vivons
Et suivons

Les doux sentiers de la jeunesse :
Aussi bien une vieillesse
Nous menace sur le port,
Qui, toute courbe et tremblante,
Nous entraîne chancelante
La maladie et la mort.

Embrasse-moi, Mon Cœur

Embrasse-moi, mon cœur, baise-moi, je t’en prie,
Presse-moi, serre-moi ! À ce coup je me meurs !
Mais ne me laisse pas en ces douces chaleurs :
Car c’est à cette fois que je te perds, ma vie.

Mon ami, je me meurs et mon âme assouvie
D’amour, de passions, de plaisirs, de douceurs,
S’enfuit, se perd, s’écoule et va loger ailleurs,
Car ce baiser larron me l’a vraiment ravie.

Je pâme ! Mon ami ! mon ami, je suis morte !
Hé ! ne me baisez plus, au moins de cette sorte.
C’est ta bouche, mon cœur, qui m’avance la mort.

Ôte-la donc, m’amour, ôte-la, je me pâme !
Ôte-la, mon ami, ôte-la, ma chère âme,
Ou me laisse mourir en ce plaisant effort !

Embrasse-moi, Mon Coeur…

Ici, c’est un vieil homme de cent ans
qui dit, selon la chair, Flandre et le sang :
souvenezvousen, souvenezvousen,
en ouvrant son coeur de ses doigts tremblants

pour montrer à tous sa vie comme un livre,
et, dans sa joie comme en des oraisons,
tout un genre humain occupé à vivre
en ses villes pies d’hommes et d’enfants.

Or à tous ici, ses pleurs et ses fêtes,
et, suivant le ciel peint à ses couleurs,
voici sa maison, ses fruits et ses fleurs,
en ses horizons d’hommes et de bêtes :

et lors ses heures d’hiver et printemps
venues en musique ainsi qu’en prières,
sous des Christs en croix, des saints, des calvaires,
puis sa foi aussi bonne en tous les temps,

pour la paix de sa vie trop à l’attache,
dans les jours, les mois, des quatre saisons,
et le réconfort de ses mains qui tâchent
ici de leur mieux et très simplement.

Ha Pensers Trop Pensés

Ha pensers trop pensés, donnez quelque repos
Quelque trêve à mon âme, et d’espérances vaines
Favorisez au moins mes emprises hautaines,
Et me faites changer quelquefois de propos !

Vous sucez à longs traits la moelle de mes os,
Vous me séchez les nerfs, le poumon et les veines,
Vous m’altérez le sang, et d’un monde de peines
Fertile renaissant, vous me chargez le dos.

Si je suis à cheval, vous vous jettez en croupe,
Si je vogue sur mer, vous êtes sur la poupe,
Si je vais par les champs, vous talonnez mes pas.

Ha pensers trop pensés, si vous n’avez envie
De me laisser goûter les douceurs de la vie,
Avancez je vous prie l’heure de mon trépas !