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Auteur : René-François Sully Prudhomme

Prière

Ah ! Si vous saviez comme on pleure De vivre seul et sans foyers, Quelquefois devant ma demeure Vous passeriez. Si vous saviez ce que fait naître Dans l’âme triste un pur regard, Vous regarderiez ma fenêtre Comme au hasard. Si vous saviez quel baume apporte Au coeur la présence…

Prière Au Printemps

Toi qui fleuris ce que tu touches, Qui, dans les bois, aux vieilles souches Rends la vigueur, Le sourire à toutes les bouches, La vie au coeur ; Qui changes la boue en prairies, Sèmes d’or et de pierreries Tous les haillons, Et jusqu’au seuil des boucheries Mets des rayons…

Printemps Oublié

Ce beau printemps qui vient de naître A peine goûté va finir ; Nul de nous n’en fera connaître La grâce aux peuples à venir. Nous n’osons plus parler des roses : Quand nous les chantons, on en rit ; Car des plus adorables choses Le culte est si vieux…

Profanation

Sonnet. Beauté qui rends pareils à des temples les corps, Es-tu donc à ce point par les dieux conspuée De descendre du ciel sur la prostituée, De prêter ta splendeur vivante à des cœurs morts ? Faite pour revêtir les cœurs chastes et forts, D’habitants à ta taille es-tu si…

Quand Les Heures Pour Vous

Sonnet. Quand les heures pour vous prolongeant la sieste, Toutes, d’un vol égal et d’un front différent, Sur vos yeux demi-clos qu’elles vont effleurant, Bercent de leurs pieds frais l’oisiveté céleste, Elles marchent pour nous, et leur bande au pied leste, Dans le premier repos, dès l’aube, nous surprend, Pousse…

Réalisme

Sonnet. Elle part, mais je veux, à mon amour fidèle, La garder tout entière en un pieux portrait, Portrait naïf où rien ne me sera soustrait Des grâces, des défauts, chers aussi, du modèle. Arrière les pinceaux ! sur la toile cruelle Le profane idéal du peintre sourirait : C’est…

Renaissance

Je voudrais, les prunelles closes, Oublier, renaître, et jouir De la nouveauté, fleur des choses, Que l’àge fait évanouir. Je resaluerais la lumière, Mais je déplierais lentement Mon âme vierge et ma paupière Pour savourer l’étonnement ; Et je devinerais moi-même Les secrets que nous apprenons ; J’irais seul aux…

Rencontre

Sonnet. Je ne te raille point, jeune prostituée ! Tu vas l’œil provocant, le pied galant et prompt, À travers le sarcasme et l’ignoble huée : Ton immuable rire est plus fort que l’affront. Et moi, je porte au bal le masque de mon front ; J’y vais, l’âme d’amour…

Repos

Sonnet. Ni l’amour ni les dieux ! Ce double mal nous tue. Je ne poursuivrai plus la guêpe du baiser, Et, las d’approfondir, je veux me reposer De l’ingrate besogne où mon front s’évertue. Ni l’amour ni les dieux ! Qu’enfin je m’habitue À ne sentir jamais le désir m’embraser,…

Ressemblance

Vous désirez savoir de moi D’où me vient pour vous ma tendresse ; Je vous aime, voici pourquoi : Vous ressemblez à ma jeunesse. Vos yeux noirs sont mouillés souvent Par l’espérance et la tristesse, Et vous allez toujours rêvant : Vous ressemblez à ma jeunesse. Votre tête est de…

Rosées

Je rêve, et la pâle rosée Dans les plaines perle sans bruit, Sur le duvet des fleurs posée Par la main fraîche de la nuit. D’où viennent ces tremblantes gouttes ? Il ne pleut pas, le temps est clair ; C’est qu’avant de se former, toutes, Elles étaient déjà dans…

Rouge Ou Noire

Sonnet. Pascal ! pour mon salut à quel dieu dois-je croire ? — Tu doutes ? crois au mien, c’est le moins hasardeux, Il est ou non : forcé d’avouer l’un des deux, Parie. À l’infini court la rouge ou la noire. Tu risques le plaisir pour l’immortelle gloire ;…

Scrupule

Je veux lui dire quelque chose, Je ne peux pas ; Le mot dirait plus que je n’ose, Même tout bas. D’où vient que je suis plus timide Que je n’étais ? Il faut parler, je m’y décide Et je me tais. Les aveux m’ont paru moins graves A dix-huit…

Scrupule (i)

Je veux lui dire quelque chose, Je ne peux pas ; Le mot dirait plus que je n’ose, Même tout bas. D’où vient que je suis plus timide Que je n’étais ? Il faut parler, je m’y décide… Et je me tais. Les aveux m’ont paru moins graves À dix-huit…

Séparation

Je ne devais pas vous le dire ; Mes pleurs, plus forts que la vertu, Mouillant mon douloureux sourire, Sont allés sur vos mains écrire L’aveu brûlant que j’avais tu. Danser, babiller, rire ensemble, Ces jeux ne nous sont plus permis : Vous rougissez, et moi je tremble ; Je…