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Auteur : Renée Vivien

Sur La Place Publique

Les nuages flottants déroulaient leur écharpe Dans le ciel pur, de la couleur des fleurs de lin. J’étais fervente et jeune et j’avais une harpe. Le monde se paraît, suave et féminin. Dans la forêt, des gris violets d’amarante Réjouissaient mes yeux larges ouverts. J’entendais Rire en moi, comme au…

Sur Le Rythme Saphique

La lune s’est couchée, ainsi que les Pléiades ; il est minuit, l’heure passe, et je dors solitaire. Psappha L’ombre se drapait en des voiles de veuves, La mer aspirait le sang tiède des fleuves, L’Aphrodita blonde au regard décevant Riait en rêvant. J’entendis gémir, au profond de l’espace, Celle qui…

Ta Forme Est Un Éclair

Ta forme est un éclair qui laisse les bras vides, Ton sourire est l’instant que l’on ne peut saisir Tu fuis, lorsque l’appel de mes lèvres avides T’implore, ô mon Désir ! Plus froide que l’Espoir, ta caresse cruelle Passe comme un parfum et meurt comme un reflet. Ah ! l’éternelle faim…

Telle Que Viviane

Le blond zodiaque détruit Ses énigmatiques algèbres, Et les cygnes noirs de la nuit Glissent sur un lac de ténèbres. Tu me tends, d’un geste onduleux, Tes mains où le lotus se fane. A travers les feuillages bleus Tu souris, comme Viviane. Je retrouve les chers poissons Sous la langueur…

Tes Cheveux Irréels

Tes cheveux irréels, aux reflets clairs et froids, Ont de pâles lueurs et des matités blondes ; Tes regards ont l’azur des éthers et des ondes ; Ta robe a le frisson des brises et des bois. Je brûle de baisers la blancheur de tes doigts. L’air nocturne répand la poussière des…

Toi, Notre Père Odin

Le vent d’hiver s’élance, audacieux et fort, Ainsi que les Vikings, en leur nobles colères. La tempête a soufflé sur les pins séculaires Et les flots ont bondi Venez, mes Dieux du Nord ! Vos yeux ont le reflet des lames boréales, Les abîmes vous sont de faciles chemins, Et…

Ton Âme

Pour une amie solitaire et triste. Ton âme, c’est la chose exquise et parfumée Qui s’ouvre avec lenteur, en silence, en tremblant, Et qui, pleine d’amour, s’étonne d’être aimée. Ton âme, c’est le lys, le lys divin et blanc. Comme un souffle des bois remplis de violettes, Ton souffle rafraîchit…

Treize

Ashtaroth, Belzébuth, Bélial et Moloch Fendent la nuit d’hiver, massive comme un roc, De leurs iles et de leur souffle de fournaise, Et, sur les murs lépreux de Suburra, Moloch De son pouce sanglant trace le nombre : treize. Ashtaroth, Belzébuth, Bélial et Moloch Ont tracé sur les murs lépreux le…

Vaincue

Le couchant est semblable à la mort d’un poète Ah ! pesanteur des ans et des songes vécus ! Ici, je goûte en paix l’heure de la défaite, Car le soir pitoyable est l’ami des vaincus. Mes vers n’ont pas atteint à la calme excellence, Je l’ai compris, et nul ne les…

Velléité

Dénoue enfin tes bras fiévreux, ô ma Maîtresse ! Délivre-moi du joug de ton baiser amer, Et, loin de ton parfum dont l’impudeur m’oppresse, Laisse-moi respirer les souffles de la mer. Loin des langueurs du lit, de l’ombre et de l’alcôve, J’aspirerai le sel du vent et l’âcreté Des algues, et…

Vers D’amour

 » I’ve been a ranger  » J. Keats Tu gardes dans tes yeux la volupté des nuits, O joie inespérée au fond des solitudes ! Ton baiser est pareil à la saveur des fruits Et ta voix fait songer aux merveilleux préludes Murmurés par la mer à la beauté des nuits. Tu portes…

Vers Lesbos

Tu viendras, les yeux pleins du soir et de l’hier Et ce sera par un beau couchant sur la mer. Frêle comme un berceau posé sur les flots lisses, Notre barques sera pleine d’ambre et d’épices. Les vents s’inclineront, soumis à mon vouloir. Je te dirai :  » La mer nous appartient,…

Victoire

Donne-moi tes baisers amers comme des larmes, Le soir, quand les oiseaux s’attardent dans leurs vols. Nos longs accouplements sans amour ont les charmes Des rapines, l’attrait farouche des viols. Tes yeux ont reflété la splendeur de l’orage Exhale ton mépris jusqu’en ta pâmoison, O très chère ! Ouvre-moi tes lèvres…