Bon Temps

C’est de leurs voix que j’ai redit
Leurs paroles, mais plus haut qu’elles,
Tu voles, ma chanson aux ailes
Bleues d’oiseau de Paradis !

Ô ma chanson, tu les dépasses,
Tu leur ouvres l’immense azur !
Et tu jettes leur rire obscur
En mille étoiles dans l’espace.

Leur pauvre coeur silencieux,
S’approfondit quand tu le touches ;
L’haleine qui naît de leurs bouches,
En toi devient souffle des cieux.

Monte chanson ! Et si ta route,
Làhaut se perd dans le néant,
Monte encore, le ciel t’écoute,
Et peutêtre qu’un dieu t’entend.

Durant Ce Temps De Moissons Et Vandanges

Hélas ! les temps sont loin des phlox incarnadins
Et des roses d’orgeuil illuminant ses portes,
Mais, si fané soitil et si flétri qu’importe !
Je l’aime encor de tout mon coeur, notre jardin.

Sa détresse parfois m’est plus chère et plus douce
Que ne m’était sa joie aux jours brûlants d’été ;
Oh ! le dernier parfum lentement éventé
Par sa dernière fleur sur ses dernières mousses !

Je me suis égaré, ce soir, en ses détours
Pour toucher de mes doigts fervents toutes ses plantes ;
Et tombant à genoux, parmi l’herbe tremblante
J’ai longuement baisé son sol humide et lourd.

Et maintenant qu’il meure et maintenant que viennent
Et s’étendent partout et la brume et la nuit ;
Mon être est comme entré dans sa ruine à lui
Et j’apprendrai ma mort en comprenant la sienne.

Par Accident Je Suis Prins De Froidure

Un clairvoyant faucon en volant par rivière
Planait dedans le ciel, à se fondre apprêté
Sur son gibier blotti. Mais voyant à côté
Une corneille, il quitte une pointe première.

Ainsi de ses attraits une maîtresse fière
S’élevant jusqu’au ciel m’abat sous sa beauté,
Mais son vouloir volage est soudain transporté
En l’amour d’un corbeau pour me laisser arrière.

Ha ! beaux yeux obscurcis qui avez pris le pire,
Plus propres à blesser que discrets à élire,
Je vous crains abattu, ainsi que fait l’oiseau

Qui n’attend que la mort de la serre ennemie
Fors que le changement lui redonne la vie,
Et c’est le changement qui me traîne au tombeau.