Chemins De L’ouest

Devant voz yeulx Dames ayez Honneur
Et si voullez parvenir à bonheur
Ne faictez riens que ne voullez qu’on saiche,
Car il n’est feu quelque part qu’on le cache
Dont il ne sorte ou fumée ou challeur.

Craignez ung Dieu, honnorez ung seigneur,
Faictes la sourde à tout grant blasonneur
Et ne souffrez jamais faire ung tour lasche
Devant voz yeulx.

Donnez où fault et fuyez le donneur,
Car le donnant oblige le preneur
Et gardez bien que la vilaine tache
D’ingratitude en vos cueurs ne s’atache,
Car il n’en peult venir que deshonneur
Devant vos yeulx.

Douleur, Je Vous Déteste

Frédéric
Tic tic
Dans sa p’tite boutique
Marchand d’allumettes
Dans sa p’tite brouette
S’en vatà la ville
Comme un imbécile
Les mains dans les poches
Comme un Espagnol.

La Paix

Miss Ellen, versezmoi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise :
Miss Ellen, versezmoi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté :
Miss Ellen, versezmoi le Thé.

La Vieille Femme De La Lune

Les doux mots que morte et passée…
On dirait presque des mots d’amour,
De sommeil et de demijour…
La plupart des mots que l’on sait
N’enferment pas tant de bonheur.
On dit Marthe et l’on dit Marie,
Et cela calme et rafraîchit.
Il y a bien des mots qui pleurent
Ceuxlà ne pleurent presque pas…
Marthe, c’est, au réveil, le pas
Des mères dans la chambre blanche,
C’est comme une main qui se pose,
Et l’armoire sent la lavande…
Il faut murmurer quelque chose
Pour se bien consoler, des mots,
N’importe lesquels s’ils consolent,
S’ils endorment et tiennent chaud.
Ah! loin des meilleures paroles,
Les doux noms que Marthe et Marie,
Les doux mots que morte et passée…

Le Chemin De L’amour

L’immobile beauté
Des soirs d’été,
Sur les gazons où ils s’éploient,
Nous offre le symbole
Sans geste vain, ni sans parole,
Du repos dans la joie.

Le matin jeune et ses surprises
S’en sont allés, avec les brises ;
Midi luimême et les pans de velours
De ses vents chauds, de ses vents lourds
Ne tombe plus sur la plaine torride ;
Et voici l’heure où, lentement, le soir,
Sans que bouge la branche ou que l’étang se ride,
S’en vient, du haut des monts, dans le jardln, s’asseoir.

O la planité d’or à l’infini des eaux,
Et les arbres et leurs ombres sur les roseaux,
Et le tranquille et somptueux silence,
Dont nous goûtons alors
Si fort
L’immuable présence,
Que notre voeu serait d’en vivre ou d’en mourir
Et d’en revivre,
Comme deux coeurs, inlassablement ivres
De lumières, qui ne peuvent périr !