Lors Que La Brune Nuict Charge Sa Robbe Noire

sur la tombe de J.J. Rousseau

Voici donc le séjour paisible,
Où des mortels
Le plus tendre et le plus sensible
A des autels !
C’est ici qu’un sage repose
Tranquillement.
Ah ! parons au moins d’une rose
Son monument.

Approchez, mères désolées,
De ce tombeau :
Pour vous, de tous les mausolées
C’est le plus beau.
JeanJacques vous apprit l’usage
De vos pouvoirs,
Et vous fit aimer davantage
Tous vos devoirs.

C’est ici que dans le silence,
Sa plume en main,
Il agrandissait la science
Du coeur humain.
Plus loin, voyezvous ces bocages
Sombres et verts ;
Il s’y dérobait aux hommages
De l’univers.

Autour de cet asile sombre,
En ces moments
Ne croiton pas voir errer l’ombre
De deux amants ?
Noble SaintPreux, simple Julie,
Noms adorés,
Quelle douce mélancolie
Vous m’inspirez !

Sur cette tombe solitaire
Coulez mes pleurs !
Hélas ! il n’est plus sur la terre,
L’ami des moeurs !
Vous qui n’aimez que l’imposture,
Fuyez ces lieux.
Le sentiment et la nature
Furent des dieux.

Ô Mal Non Mal Qui Doucement M’oppresses !

Une foule d’amants, que chez vous on tolère,
De vos facilités cherche à s’avantager ;
La patience même en serait en colère,
Etesvous un butin qu’il faille partager ?

N’avezvous rien à craindre, et rien à ménager ?
Quoi ! tous également attendent leur salaire
Avezvous résolu de me faire enrager
A force de vouloir éternellement plaire ?

Enfin, si je suis las de ce que cent rivaux
Se disputent le prix qu’on doit à mes travaux,
Vous devez l’être aussi de ce qu’on en caquette

Votre honneur est en proie aux escrocs, aux filous
Et si vous excellez en l’art d’être coquette,
Je n’excelle pas moins en l’art d’être jaloux.