Point N’ai Fait Un Tas D’océans

Point n’ai fait un tas d’océans

Comme les Messieurs d’Orléans,

Ulysses à vapeur en quête

Ni l’Archipel en capitan ;

Ni le Transatlantique autant

Qu’une chanteuse d’opérette.
Mais il fut flottant, mon berceau,

Fait comme le nid de l’oiseau

Qui couve ses œufs sur la houle

Mon lit d’amour fut un hamac :

Et, pour tantôt, j’espère un sac

Lesté d’un bon caillou qui coule.
— Marin, je sens mon matelot

Comme le bonhomme Callot

Sentait son illustre bonhomme

— Va, bonhomme de mer mal fait !

Va, Muse à la voix de rogomme !

Va, Chef-d’œuvre de cabaret !

Veder Napoli Poi Mori

Voir Naples et… Fort bien, merci, j’en viens.
– Patrie
D’Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier !
Dans l’indigo l’artiste en tous genres oublie.
Ce Ne-m’oubliez-pas d’outremer : le douanier.

– Ô Corinne !… ils sont là déclamant sur ma malle…
Lasciate speranza, mes cigares dedans !
– Ô Mignon !… ils ont tout éclos mon linge sale
Pour le passer au bleu de l’éternel printemps !

Ils demandent la main… et moi je la leur serre !
Le portrait de ma Belle, avec morbidezza
Passe de mains en mains : l’inspecteur sanitaire
L’ausculte, et me sourit… trouvant que c’est bien ça !

Je venais pour chanter leur illustre guenille,
Et leur chantage a fait de moi-même un haillon !
Effeuillant mes faux-cols, l’un d’eux m’offre sa fille…
Effeuillant le faux-col de mon illusion !

– Naples ! panier percé des Seigneurs Lazzarones
Riches d’un doux ventre au soleil !
Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trônes,
Clyso-pompant l’azur qui bâille leur sommeil !…

Ô Grands en rang d’oignons ! Plantes de pieds en lignes !
Vous dont la parure est un sac, un aviron !
Fils réchauffés du vieux Phœbus ! Et toujours dignes
Des chansons de Musset, du mépris de Byron !…

– Chœurs de Mazanielli, Torses de mandolines !
Vous dont le métier est d’être toujours dorés
De rayons et d’amour… et d’ouvrir les narines,
Poètes de plein air ! Ô frères adorés !

Dolce Farniente !… Non ! c’est mon sac !… il nage
Parmi ces asticots, comme un chien crevé ;
Et ma malle est hantée aussi… comme un fromage !
Inerte, ô Galilée ! et… è pur si muove…

– Ne ruolze plus ça, toi, grand Astre stupide !
Tas de pâles voyous grouillant à se nourrir ;
Ce n’est plus le lézard, c’est la sangsue à vide…
– Dernier lazzarone à moi le bon Dormir !

Napoli Dogana del porto.

Portes Et Fenêtres

N’entends-tu pas ? Sang et guitare !

Réponds ! je damnerai plus fort.

Nulle ne m’a laissé, Barbare,

Aussi longtemps me crier mort !
Ni faire autant de purgatoire !

Tu ne vois ni n’entends mes pas,

Ton œil est clos, la nuit est noire :

Fais signe Je ne verrai pas.
En enfer j’ai pavé ta rue.

Tous les damnés sont en émoi

Trop incomparable Inconnue !

Si tu n’es pas là préviens-moi !
À damner je n’ai plus d’alcades,

Je n’ai fait que me damner moi,

En serinant mes sérénades

– Il ne reste à damner que Toi !

Vendetta

Tu ne veux pas de mon âme
Que je jette à tour de bras :
Chère, tu me le payeras !…
Sans rancune je suis femme !

Tu ne veux pas de ma peau :
Venimeux comme un jésuite,
Prends garde !… je suis ensuite
Jésuite comme un crapaud,

Et plat comme la punaise,
Compagne que j’ai sur moi,
Pure… mais, ne te déplaise,
Je te préférerais, Toi !

– Je suis encor, Ma très-Chère,
Serpent comme le Serpent
Froid, coulant, poisson rampant
Qui fit pécher ta grand’mère…

Et tu ne vaux pas, Pécore,
Beaucoup plus qu’elle, je crois…
Vaux-tu ma chanson encore ?…
Me vaux-tu seulement moi !…

Pudentiane

Attouchez, sans toucher. On est dévotieuse,

Ni ne retient à son escient.

Mais On pâme d’horreur d’être : luxurieuse

De corps et de consentement !
Et de chair de cette oeuvre On est fort curieuse.

Sauf le vendredi seulement :

Le confesseur est maigre et l’extase pieuse

En fait : carême entièrement.
Une autre se donne. Ici l’On se damne

C’est un tabernacle ouvert qu’on profane.

Bénitier où le serpent est caché !
Que l’Amour, ailleurs, comme un coq se chante

CI-GÎT ! La pudeur-d’-attentat le hante

C’est la Pomme (cuite) en fleur de pêché.
Rome. 40 ans. 15 août.

Vénerie

Ô Vénus, dans ta Vénerie,
Limier et piqueur à la fois,
Valet-de-chiens et d’écurie,
J’ai vu l’Hallali, les Abois !…

Que Diane aussi me sourie !…
À cors, à cris, à pleine voix
Je fais le pied, je fais le bois ;
Car on dit que : bête varie…

– Un pied de biche : Le voici,
Cordon de sonnette sur rue ;
– Bois de cerf : de la porte aussi ;
– Et puis un pied : un pied-de-grue !…

Ô Fauve après qui j’aboyais,
– Je suis fourbu, qu’on me relaie ! –
Ô Bête ! es-tu donc une laie ?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Bien moins sauvage te croyais !

Rapsodie Du Sourd

À Madame D***

L’homme de l’art lui dit : Fort bien, restons-en là.
Le traitement est fait : vous êtes sourd. Voilà
Comme quoi vous avez l’organe bien perdu.
Et lui comprit trop bien, n’ayant pas entendu.

–  » Eh bien, merci Monsieur, vous qui daignez me rendre
La tête comme un bon cercueil.
Désormais, à crédit, je pourrai tout entendre
Avec un légitime orgueil…

À l’œil Mais gare à l’œil jaloux, gardant la place
De l’oreille au clou !… Non À quoi sert de braver ?
… Si j’ai sifflé trop haut le ridicule en face,
En face, et bassement, il pourra me baver !…

Moi, mannequin muet, à fil banal ! Demain,
Dans la rue, un ami peut me prendre la main,
En me disant : vieux pot… ou rien, en radouci ;
Et je lui répondrai Pas mal et vous, merci !

Si l’un me corne un mot, j’enrage de l’entendre ;
Si quelqu’autre se tait : serait-ce par pitié ?…
Toujours, comme un rebus, je travaille à surprendre
Un mot de travers… Non On m’a donc oublié !

– Ou bien autre guitare un officieux être
Dont la lippe me fait le mouvement de paître,
Croit me parler… Et moi je tire, en me rongeant,
Un sourire idiot d’un air intelligent !

– Bonnet de laine grise enfoncé sur mon âme !
Et coup de pied de l’âne… Hue ! Une bonne-femme
Vieille Limonadière, aussi, de la Passion !
Peut venir saliver sa sainte compassion
Dans ma trompe-d’Eustache, à pleins cris, à plein cor,
Sans que je puisse au moins lui marcher sur un cor !

– Bête comme une vierge et fier comme un lépreux,
Je suis là, mais absent… On dit : Est-ce un gâteux,
Poète muselé, hérisson à rebours ?…
–Un haussement d’épaule, et ça veut dire : un sourd.

– Hystérique tourment d’un Tantale acoustique !
Je vois voler des mots que je ne puis happer ;
Gobe-mouche impuissant, mangé par un moustique,
Tête-de-turc gratis où chacun peut taper.

Ô musique céleste : entendre, sur du plâtre,
Gratter un coquillage ! un rasoir, un couteau
Grinçant dans un bouchon !… un couplet de théâtre !
Un os vivant qu’on scie ! un monsieur ! un rondeau !…

– Rien Je parle sous moi… Des mots qu’à l’air je jette
De chic, et sans savoir si je parle en indou…
Ou peut-être en canard, comme la clarinette
D’un aveugle bouché qui se trompe de trou.

– Va donc, balancier soûl affolé dans ma tête !
Bats en branle ce bon tam-tam, chaudron fêlé
Qui rend la voix de femme ainsi qu’une sonnette,
Qu’un coucou !… quelquefois : un moucheron ailé…

– Va te coucher, mon cœur ! et ne bats plus de l’aile.
Dans la lanterne sourde étouffons la chandelle,
Et tout ce qui vibrait là je ne sais plus où
Oubliette où l’on vient de tirer le verrou.

– Soyez muette pour moi, contemplative Idole,
Tous les deux, l’un par l’autre, oubliant la parole,
Vous ne me direz mot : je ne répondrai rien…
Et rien ne pourra dédorer l’entretien.

Le silence est d’or (Saint Jean Chrysostome).

Vésuves Et Cie

Pompeïa-station Vésuve, est-ce encor toi ?
Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne,
– Du bon temps où la foi transportait la montagne
Sur un bel abat-jour, chez une tante à moi :

Tu te détachais noir, sur un fond transparent,
Et la lampe grillait les feux de ton cratère.
C’était le confesseur, dit-on, de ma grand’mère
Qui t’avait rapporté de Rome tout flambant…

Plus grand, je te revis à l’Opéra-Comique.
– Rôle jadis créé par toi : Le Dernier Jour
De Pompéï. Ton feu s’en allait en musique,
On te soufflait ton rôle, et… tu ne fis qu’un four.

– Nous nous sommes revus : devant-de-cheminée,
À Marseille, en congé, sans musique, et sans feu :
Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée
Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.

– Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne !
Je te rends ta visite, exprès, à la campagne.
Le Vrai Vésuve est toi, puisqu’on m’a fait cent francs !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais les autres petits étaient plus ressemblants.

Pompeï, aprile.

Rescousse

Si ma guitare
Que je répare,
Trois fois barbare :
Kriss indien.

Cric de supplice,
Bois de justice,
Boîte à malice,
Ne fait pas bien…

Si ma voix pire
Ne peut te dire
Mon doux martyre…
– Métier de chien !

Si mon cigare,
Viatique et phare,
Point ne t’égare ;
– Feu de brûler…

Si ma menace,
Trombe qui passe,
Manque de grâce ;
– Muet de hurler…

Si de mon âme
La mer en flamme
N’a pas de lame ;
– Cuit de geler…

Vais m’en aller !

Matelots

Vos marins de quinquets à l’Opéra comique,

Sous un frac en bleu-ciel jurent  » Mille sabords !  »

Et, sur les boulevards, le survivant chronique

Du Vengeur vend l’onguent à tuer les rats morts.

Le Jûn’homme infligé d’un bras même en voyage

Infortuné, chantant par suite de naufrage ;

La femme en bain de mer qui tord ses bras au flot ;

Et l’amiral *** Ce n’est pas matelot !
– Matelots quelle brusque et nerveuse saillie

Fait cette Race à part sur la race faillie !

Comme ils vous mettent tous, terriens, au même sac !

– Un curé dans ton lit, un’ fill’ dans mon hamac !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
– On ne les connaît pas, ces gens à rudes noeuds.

Ils ont le mal de mer sur vos planchers à boeufs ;

À terre oiseaux palmés ils sont gauches et veûles.

Ils sont mal culottés comme leurs brûle-gueules.

Quand le roulis leur manque ils se sentent rouler :

– À terre, on a beau boire, on ne peut désoûler !
– On ne les connaît pas. Eux : que leur fait la terre ?

Une relâche, avec l’hôpital militaire,

Des filles, la prison, des horions, du vin

Le reste : Eh bien, après ? Est-ce que c’est marin ?
– Eux ils sont matelots. À travers les tortures,

Les luttes, les dangers, les larges aventures,

Leur face-à-coups-de-hache a pris un tic nerveux

D’insouciant dédain pour ce qui n’est pas Eux

C’est qu’ils se sentent bien, ces chiens ! Ce sont des mâles !

– Eux : l’Océan ! et vous : les plates-bandes sales ;

Vous êtes des terriens, en un mot, des troupiers :

– De la terre de pipe et de la sueur de pieds !
Eux sont les vieux-de-cale et les frères-la-côte,

Gens au coeur sur la main, et toujours la main haute ;

Des natures en barre ! Et capables de tout

– Faites-en donc autant ! Ils sont de mauvais goût

– Peut-être Ils ont chez vous des amours tolérées

Par un grippe-Jésus accueillant leurs entrées

– Eh ! faut-il pas du coeur au ventre quelque part,

Pour entrer en plein jour là bagne-lupanar,

Qu’ils nomment le Cap-Horn, dans leur langue hâlée :

– Le cap Horn, noir séjour de tempête grêlée

Et se coller en vrac, sans crampe d’estomac,

De la chair à chiquer comme un noeud de tabac !
Jetant leur solde avec leur trop-plein de tendresse,

À tout vent ; ils vont là comme ils vont à la messe

Ces anges mal léchés, ces durs enfants perdus !

– Leur tête a du requin et du petit-Jésus.
Ils aiment à tout crin : Ils aiment plaie et bosse,

La Bonne-Vierge, avec le gendarme qu’on rosse ;

Ils font des voeux à tout mais leur voeu caressé

A toujours l’habit bleu d’un Jésus-christ rossé.
– Allez : ce franc cynique a sa grâce native

Comme il vous toise un chef, à sa façon naïve !

Comme il connaît son maître : Un d’un seul bloc de bois !

– Un mauvais chien toujours qu’un bon enfant parfois !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
– Allez : à bord, chez eux, ils ont leur poésie !

Ces brutes ont des chants ivres d’âme saisie

Improvisés aux quarts sur le gaillard-d’avant

– Ils ne s’en doutent pas, eux, poème vivant.
– Ils ont toujours, pour leur bonne femme de mère,

Une larme d’enfant, ces héros de misère ;

Pour leur Douce-Jolie, une larme d’amour !

Au pays loin ils ont, espérant leur retour,

Ces gens de cuivre rouge, une pâle fiancée

Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laissée.

Elle attend vaguement comme on attend là-bas.

Eux ils portent son nom tatoué sur leur bras.

Peut-être elle sera veuve avant d’être épouse

– Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.

Mais elle sera fière, à travers un sanglot,

De pouvoir dire encore : Il était matelot !
– C’est plus qu’un homme aussi devant la mer géante,

Ce matelot entier !

Piétinant sous la plante

De son pied marin le pont près de crouler ;

Tiens bon ! Ça le connaît, ça va le désoûler.

Il finit comme ça, simple en sa grande allure,

D’un bloc : Un trou dans l’eau, quoi ! pas de fioriture.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
On en voit revenir pourtant : bris de naufrage,

Ramassis de scorbut et hachis d’abordage

Cassés, défigurés, dépaysés, perclus :

– Un oeil en moins. Et vous, en avez-vous en plus :

– La fièvre-jaune. Eh bien, et vous, l’avez-vous rose ?

– Une balafre. Ah, c’est signé !C’est quelque chose !

– Et le bras en pantenne. Oui, c’est un biscaïen,

Le reste c’est le bel ouvrage au chirurgien.

– Et ce trou dans la joue ? Un ancien coup de pique.

– Cette bosse ? À tribord ? excusez : c’est ma chique.

– Ça ? Rien : une foutaise, un pruneau dans la main,

Ça sert de baromètre, et vous verrez demain :

Je ne vous dis que ça, sûr ! quand je sens ma crampe

Allez, on n’en fait plus de coques de ma trempe !

On m’a pendu deux fois

Et l’honnête forban

Creuse un bateau de bois pour un petit enfant.

– Ils durent comme ça, reniflant la tempête

Riches de gloire et de trois cents francs de retraite,

Vieux culots de gargousse, épaves de héros !

– Héros ? ils riraient bien ! Non merci : matelots !
– Matelots ! Ce n’est pas vous, jeunes mateluches,

Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches

Ah, les vieux avaient de plus fiers appétits !

En haussant leur épaule ils vous trouvent petits.

À treize ans ils mangeaient de l’Anglais, les corsaires !

Vous, vous n’êtes que des pelletas militaires

Allez, on n’en fait plus de ces purs, premier brin !

Tout s’en va tout ! La mer elle n’est plus marin !

De leur temps, elle était plus salée et sauvage.

Mais, à présent, rien n’a plus de pucelage

La mer La mer n’est plus qu’une fille à soldats !
– Vous, matelots, rêvez, en faisant vos cent pas

Comme dans les grands quarts Paisible rêverie

De carcasse qui geint, de mât craqué qui crie

– Aux pompes !

– Non fini ! Les beaux jours sont passés :

– Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés !
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Tel qu’une vieille coque, au sec et dégréée,

Où vient encor parfois clapoter la marée :

Âme-de-mer en peine est le vieux matelot

Attendant, échoué quoi : la mort ?

– Non, le flot.
Île d’Ouessant. Avril.

Rondel

Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles !

Il n’est plus de nuits, il n’est plus de jours ;

Dors en attendant venir toutes celles

Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !
Entends-tu leurs pas ? Ils ne sont pas lourds :

Oh ! les pieds légers ! l’Amour a des ailes

Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles !
Entends-tu leurs voix ? Les caveaux sont sourds.

Dors : Il pèse peu, ton faix d’immortelles :

Ils ne viendront pas, tes amis les ours,

Jeter leur pavé sur tes demoiselles

Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles !

Mirliton

Dors d’amour, méchant ferreur de cigales !

Dans le chiendent qui te couvrira

La cigale aussi pour toi chantera,

Joyeuse, avec ses petites cymbales.
La rosée aura des pleurs matinales ;

Et le muguet blanc fait un joli drap

Dors d’amour, méchant ferreur de cigales.
Pleureuses en troupeau passeront les rafales
La Muse camarde ici posera,

Sur ta bouche noire encore elle aura

Ces rimes qui vont aux moelles des pâles

Dors d’amour, méchant ferreur de cigales.

Saint Tupetu De Tu-pe-tu

C’est au pays de Léon. Est une petite chapelle à saint Tupetu. (En breton : D’un côté ou de l’autre.)
Une fois l’an, les croyants fatalistes chrétiens s’y rendent en pèlerinage, afin d’obtenir, par l’entremise du Saint, le dénoûment fatal de toute affaire nouée : la délivrance d’un malade tenace ou d’une vache pleine ; ou, tout au moins, quelque signe de l’avenir : tel que c’est écrit là-haut. Puisque cela doit être, autant que cela soit de suite d’un côté ou de l’autre Tu-pe-tu.
L’oracle fonctionne pendant la grand’messe : l’officiant fait faire, pour chacun, un tour à la Roulette-de-chance, grand cercle en bois fixé à la voûte et manœuvré par une longue corde que Tupetu tient lui-même dans sa main de granit. La roue, garnie de clochettes, tourne en carillonnant ; son point d’arrêt présage l’arrêt du destin : D’un côté ou de l’autre.
Et chacun s’en va comme il est venu, quitte à revenir l’an prochain Tu-pe-tu finit fatalement par avoir son effet.

Il est, dans la vieille Armorique,

Un saint des saints le plus pointu

Pointu comme un clocher gothique

Et comme son nom : Tupetu.

Son petit clocheton de pierre

Semble prêt à changer de bout

Il lui faut, pour tenir debout,

Beaucoup de foi beaucoup de lierre
Et, dans sa chapelle ouverte, entre

– Tête ou pieds tout franc Breton

Pour lui tâter l’œuf dans le ventre,

L’œuf du destin : C’est oui ? c’est non ?
– Plus fort que sainte Cunégonde

Ou Cucugnan de Quilbignon

Petit prophète au pauvre monde,

Saint de la veine ou du guignon,
Il tient sa Roulette-de-chance

Qu’il vous fait aller pour cinq sous ;

Ça dit bien, mieux qu’une balance,

Si l’on est dessus ou dessous.
C’est la roulette sans pareille,

Et les grelots qui sont parmi

Vont, là-haut, chatouiller l’oreille

Du coquin de Sort endormi.

Sonnette de la Providence,

Et serinette du Destin ;

Carillon faux, mais argentin ;

Grelottière de l’Espérance
Tu-pe-tu D’un bord ou de l’autre !

Tu-pe-tu Banco Quitte-ou-tout !

Juge-de-paix sans patenôtre

Tupetu, saint valet d’atout !
Tu-pe-tu Pas de milieu !

Tupetu, sorcier à musique,

Croupier du tourniquet mystique

Pour les macarons du Bon-Dieu !
Médecin héroïque, il pousse

Le mourant à sauter le pas :

Soit dans la vie à la rescousse

Soit, à pieds joints, en plein trépas :
– Tu-pe-tu ! cheval couronné !

– Tu-pe-tu ! qu’on saute ou qu’on butte !

– Tu-pe-tu ! vieillard obstiné !

Au bout du fossé la culbute !

Tupetu, saint tout juste honnête,

Petit Janus chair et poisson !

Saint confesseur à double tête,

Saint confesseur à double fond !
– Pile-ou-face de la vertu,

Ambigu patron des pucelles

Qui viennent t’offrir des chandelles.

Jésuite ! tu dis : Tu-pe-tu !

Nature Morte

Des coucous l’Angélus funèbre

A fait sursauter, à ténèbre,

Le coucou, pendule du vieux,
Et le chat-huant, sentinelle,

Dans sa carcasse à la chandelle

Qui flamboie à travers ses yeux.
– Écoute se taire la chouette

– Un cri de bois : C’est la brouette

De la Mort, le long du chemin
Et, d’un vol joyeux, la corneille

Fait le tour du toit où l’on veille

Le défunt qui s’en va demain.
Bretagne. Avril.

Soneto A Napoli

all’ sole, all’ luna
all’ sabato, all’ canonico
e tutti quanti
– con pulcinella

Il n’est pas de Samedi
Qui n’ait soleil à midi ;
Femme ou fille soleillant,
Qui n’ait midi sans amant !…

Lune, Bouc, Curé cafard
Qui n’ait tricorne cornard !
– Corne au front et corne au seuil
Préserve du mauvais œil.

… L’Ombilic du jour filant
Son macaroni brûlant,
Avec la tarentela :

Lucia, Maz’Aniello,
Santa-Pia, Diavolo,
– CON PULCINELLA.

Mergelina-Venerdi, aprile 15.