Paris Nocturne

Il l’a tirée
De sa poche percée
L’a mise sous ses yeux ;
Et l’a bien regardée
En disant : ‘ Malheureux ! ‘

Il l’a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D’une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.

Il l’a mouillée
D’une larme gelée
Qui fondit par hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu’un bazar.

Il l’a frottée,
Ne l’a pas réchauffée,
À peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée
Elle se retirait.

Il l’a pesée
Comme on pèse une idée,
En l’appuyant sur l’air.
Puis il l’a mesurée
Avec du fil de fer.

Il l’a touchée
De sa lèvre ridée.
D’un frénétique effroi
Elle s’est écriée :
Adieu, embrassemoi !

Il l’a baissée
Et après l’a croisée
Sur l’horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
Des mats et lourds accords.

Il l’a palpée
D’une main décidée
À la faire mourir.
Oui c’est une bouchée
Dont on peut se nourrir.

Il l’a pliée,
Il l’a cassée ;
Il l’a placée,
Il l’a coupée,
Il l’a lavée,
Il l’a portée,
Il l’a grillée,
Il l’a mangée.

Quand il n’était pas grand, on lui avait dit :
Si tu as faim, mange une de tes mains.

Sonnet Posthume

Dors : ce lit est le tien Tu n’iras plus au nôtre.

– Qui dort dîne. À tes dents viendra tout seul le foin.

Dors : on t’aimera bien L’aimé c’est toujours l’Autre

Rêve : La plus aimée est toujours la plus loin
Dors : on t’appellera beau décrocheur d’étoiles !

Chevaucheur de rayons ! quand il fera bien noir ;

Et l’ange du plafond, maigre araignée, au soir,

– Espoir sur ton front vide ira filer ses toiles.
Museleur de voilette ! un baiser sous le voile

T’attend on ne sait où : ferme les yeux pour voir.

Ris : Les premiers honneurs t’attendent sous le poêle.
On cassera ton nez d’un bon coup d’encensoir,

Doux fumet ! pour la trogne en fleur, pleine de moelle

D’un sacristain très-bien, avec son éteignoir.

Pauvre Garçon

La Bête féroce.

Lui qui sifflait si haut, son petit air de tête,
Était plat près de moi ; je voyais qu’il cherchait…
Et ne trouvait pas, et… j’aimais le sentir bête,
Ce héros qui n’a pas su trouver qu’il m’aimait.

J’ai fait des ricochets sur son cœur en tempête.
Il regardait cela… Vraiment, cela l’usait ?…
Quel instrument rétif à jouer, qu’un poète !…
J’en ai joué. Vraiment moi cela m’amusait.

Est-il mort ?… Ah c’était, du reste, un garçon drôle.
Aurait-il donc trop pris au sérieux son rôle,
Sans me le dire… au moins. Car il est mort, de quoi ?…

Se serait-il laissé fluer de poésie…
Serait-il mort de chic, de boire, ou de phtisie,
Ou, peut-être, après tout : de rien…
ou bien de Moi.

Steam-boat

À une passagère.

En fumée elle est donc chassée
L’éternité, la traversée
Qui fit de Vous ma soeur d’un jour,
Ma soeur d’amour !…

Là-bas : cette mer incolore
Où ce qui fut Toi flotte encore…
Ici : la terre, ton écueil,
Tertre de deuil !

On t’espère là…. Va légère !
Qui te bercera, Passagère ?…
Ô passagère [de] mon coeur,
Ton remorqueur !…

Quel ménélas, sur son rivage,
Fait le pied ?… Va, j’ai ton sillage…
J’ai, quand il est là voir venir,
Ton souvenir !

Il n’aura pas, lui, ma Peureuse,
Les sauts de ta gorge houleuse !…
Tes sourcils salés de poudrain
Pendant un grain !

Il ne t’aura pas : effrontée !
Par tes cheveux au vent fouettée !…
Ni, durant les longs quarts de nuit,
Ton doux ennui…

Ni ma poésie où : Posée,
Tu seras la mouette blessée,
Et moi le flot qu’elle rasa…
Et cætera.

– Le large, bête sans limite,
Me paraîtra bien grand, Petite,
Sans Toi !… Rien n’est plus l’horizon
Qu’une cloison.

Qu’elle va me sembler étroite !
Tout seul, la boîte à deux !… la boîte
Où nous n’avions qu’un oreiller
Pour sommeiller.

Déjà le soleil se fait sombre
Qui ne balance plus ton ombre,
Et la houle a fait un grand pli…
– Comme l’oubli !

Ainsi déchantait sa fortune,
En vigie, au sec, dans la hune,
Par un soir frais, vers le matin,
Un pilotin.

10′ long. O.
40′ lat. N.

Paysage Mauvais

Sables de vieux os Le flot râle

Des glas : crevant bruit sur bruit

– Palud pâle, où la lune avale

De gros vers, pour passer la nuit.
– Calme de peste, où la fièvre

Cuit Le follet damné languit.

– Herbe puante où le lièvre

Est un sorcier poltron qui fuit.
– La Lavandière blanche étale

Des trépassés le linge sale,

Au soleil des loups Les crapauds,
Petits chantres mélancoliques

Empoisonnent de leurs coliques,

Les champignons, leurs escabeaux.
Marais de Guérande. Avril.

Toit

Tiens non ! J’attendrai tranquille,
Planté sous le toit,
Qu’il me tombe quelque tuile,
Souvenir de Toi !

J’ai tondu l’herbe, je lèche
La pierre, altéré
Comme la Colique-sèche
De Miserere !

Je crèverai Dieu me damne !
Ton tympan ou la peau d’âne
De mon bon tambour !

Dans ton boîtier, ô Fenêtre !
Calme et pure, gît peut-être…
. . . . . . . . . . . . . . . .
Un vieux monsieur sourd !

Petit Mort Pour Rire

Va vite, léger peigneur de comètes !

Les herbes au vent seront tes cheveux ;

De ton œil béant jailliront les feux

Follets, prisonniers dans les pauvres têtes
Les fleurs de tombeau qu’on nomme Amourettes

Foisonneront plein ton rire terreux

Et les myosotis, ces fleurs d’oubliettes
Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes

Pour les croque-morts sont de simples jeux,

Boîtes à violon qui sonnent le creux

Ils te croiront mort Les bourgeois sont bêtes

Va vite, léger peigneur de comètes !

Un Jeune Qui S’en Va

Morire.
Oh le printemps ! Je voudrais paître !

C’est drôle, est-ce pas : Les mourants

Font toujours ouvrir leur fenêtre,

Jaloux de leur part de printemps !
Oh le printemps ! Je veux écrire !

Donne-moi mon bout de crayon

– Mon bout de crayon, c’est ma lyre

Et là je me sens un rayon.
Vite ! j’ai vu, dans mon délire,

Venir me manger dans la main

La Gloire qui voulait me lire !

– La gloire n’attend pas demain.
Sur ton bras, soutiens ton poète,

Toi, sa Muse, quand il chantait,

Son Sourire quand il mourait,

Et sa Fête quand c’était fête !
Sultane, apporte un peu ma pipe

Turque, incrustée en faux saphir,

Celle qui va bien à mon type

Et ris ! C’est fini de mourir ;
Et viens sur mon lit de malade ;

Empêche la mort d’y toucher,

D’emporter cet enfant maussade

Qui ne veut pas s’aller coucher.
Ne pleure donc plus, je suis bête

Vois : mon drap n’est pas un linceul

Je chantais cela pour moi seul

Le vide chante dans ma tête
Retourne contre la muraille.

– Là l’esquisse un portrait de toi

Malgré lui mon oeil soûl travaille

Sur la toile C’était de moi.
J’entends bourdon de la fièvre

Un chant de berceau me monter :

 » J’entends le renard, le lièvre,

Le lièvre, le loup chanter.  »

Va ! nous aurons une chambrette

Bien fraîche, à papier bleu rayé ;

Avec un vrai bon lit honnête

À nous, à rideaux et payé !
Et nous irons dans la prairie

Pêcher à la ligne tous deux,

Ou bien mourir pour la patrie !

– Tu sais, je fais ce que tu veux.
Et nous aurons des robes neuves,

Nous serons riches à bâiller

Quand j’aurai revu mes épreuves !

– Pour vivre, il faut bien travailler
– Non ! mourir

La vie était belle

Avec toi ! mais rien ne va plus..

À moi le pompon d’immortelle

Des grands poètes que j’ai lus !
À moi, Myosotis ! Feuille morte

De Jeune malade à pas lent !

Souvenir de soi qu’on emporte

En croyant le laisser souvent !
– Décès : Rolla : l’Académie

Murger, Baudelaire : hôpital,

Lamartine : en perdant la vie

De sa fille, en strophes pas mal
Doux bedeau, pleureuse en lévite,

Harmonieux tronc des moissonnés

Inventeur de la larme écrite,

Lacrymatoire d’abonnés !
Moreau j’oubliais Hégésippe,

Créateur de l’art-hôpital

Depuis, j’ai la phtisie en grippe ;

Ce n’est plus même original.
– Escousse encor : mort en extase

De lui ; mort phtisique d’orgueil.

– Gilbert : phtisie et paraphrase

Rentrée, en se pleurant à l’oeil.
– Un autre incompris : Lacenaire,

Faisant des vers en amateur

Dans le goût anti-poitrinaire,

Avec Sanson pour éditeur.
– Lord Byron, gentleman-vampire,

Hystérique du ténébreux ;

Anglais sec, cassé par son rire,

Son noble rire de lépreux.
– Hugo : l’Homme apocalyptique,

L’Homme-Ceci-tûra-cela,

Meurt, gardenational épique ;

Il n’en reste qu’un celui-là !
Puis un tas d’amants de la lune,

Guère plus morts qu’ils n’ont vécu,

Et changeant de fosse commune

Sans un discours, sans un écu !
J’en ai lus mourir ! Et ce cygne

Sous le couteau du cuisinier :

– Chénier Je me sens mauvais signe !

De la jalousie. Ô métier !
Métier ! Métier de mourir

Assez, j’ai fini mon étude.

Métier : se rimer finir !

C’est une affaire d’habitude.
Mais non, la poésie est : vivre,

Paresser encore, et souffrir

Pour toi, maîtresse ! et pour mon livre ;

Il est là qui dort

– Non : mourir !
Sentir sur ma lèvre appauvrie

Ton dernier baiser se gercer,

La mort dans tes bras me bercer

Me déshabiller de la vie !
Charenton. Avril.

Pièce À Carreaux

Ah ! si Vous avez à Tolède,
Un vitrier
Qui vous forge un vitrail plus raide
Qu’un bouclier !…

À Tolède j’irai ma flamme
Souffler, ce soir ;
À Tolède tremper la lame
De mon rasoir !

Si cela ne vous amadoue :
Vais aiguiser,
Contre tous les cuirs de Cordoue,
Mon dur baiser :

– Donc À qui rompra : votre oreille,
Ou bien mes vers !
Ma corde-à-boyaux sans pareille,
Ou bien vos nerfs ?

– À qui fendra : ma castagnette,
Ou bien vos dents…
L’Idole en grès, ou le Squelette
Aux yeux dardants !

– À qui fondra : vous ou mes cierges,
Ô plombs croisés !…
En serez-vous beaucoup plus vierges,
Carreaux cassés ?

Et Vous qui faites la cornue,
Ange là-bas !…
En serez-vous un peu moins nue,
Les habits bas ?

– Ouvre ! fenêtre à guillotine :
C’est le bourreau !
– Ouvre donc porte de cuisine !
C’est Figaro.

… Je soupire, en vache espagnole,
Ton numéro
Qui n’est, en français, Vierge molle !
Qu’un grand ZÉRO.

Cadix. Mai.

Un Riche En Bretagne

O fortunatos nimium, sua si…
VIRGILE.

C’est le bon riche, c’est un vieux pauvre en Bretagne,
Oui, pouilleux de pavé sans eau pure et sans ciel !
– Lui, c’est un philosophe-errant dans la campagne ;
Il aime son pain noir sec pas beurré de fiel…
S’il n’en a pas : bonsoir. Il connaît une crèche
Où la vache lui prête un peu de paille fraîche,
Il s’endort, rêvassant planche-à-pain au milieu,
Et s’éveille au matin en bayant au Bon-Dieu.
– Panem nostrum… Sa faim a le goût d’espérance…
Un Benedicite s’exhale de sa panse ;
Il sait bien que pour lui l’œil d’en haut est ouvert
Dans ce coin d’où tomba la manne du désert
Et le pain de son sac…
Il va de ferme en ferme.
Et jamais à son pas la porte ne se ferme,
– Car sa venue est bien. Il entre à la maison
Pour allumer sa pipe en soufflant un tison…
Et s’assied. Quand on a quelque chose, on lui donne ;
Alors, il se secoue et rit, tousse et rognonne
Un Pater en hébreu. Puis, son bâton en main,
Il reprend sa tournée en disant : à demain.
Le gros chien de la cour en passant le caresse…
– Avec ça, peut-on pas se passer de maîtresse ?…
Et, qui sait, dans les champs, un beau jour, la beauté
Peut s’amuser à faire aussi la charité…

– Lui, n’est pas pauvre : il est Un Pauvre, et s’en contente
C’est un petit rentier, moins l’ennui de la rente.
Seul, il se chante vêpre en berçant son ennui…
– Travailler Pour que faire ? … On travaille pour lui.
Point ne doit déroger, il perdrait la pratique ;
Il doit garder intact son vieux blason mystique.
– Noblesse oblige. Il est saint : à chaque foyer
Sa niche est là, tout près du grillon familier.
Bon messager boiteux, il a plus d’une histoire
À faire froid au dos, quand la nuit est bien noire…
N’a-t-il pas vu, rôdeur, durant les clairs minuits
Dans la lande danser les cornandons maudits…

– Il est simple… peut-être. Heureux ceux qui sont simples !…
À la lune, n’a-t-il jamais cueilli des simples ?…
– Il est sorcier peut-être… et, sur le mauvais seuil,
Pourrait, en s’en allant, jeter le mauvais œil…
– Mais non : mieux vaut porter bonheur ; dans les familles,
Proposer ou chercher des maris pour les filles.
Il est de noce alors, très humble desservant
De la part du bon-dieu. Dieu doit être content :
Plein comme feu Noé, son Pauvre est ramassé
Le lendemain matin au revers d’un fossé.

Ah, s’il avait été senti du doux Virgile…
Il eût été traduit par monsieur Delille,
Comme un  » trop fortuné s’il connût son bonheur…  »

– Merci : ça le connaît, ce marmiteux seigneur !

Saint-Thégonnec.

Point N’ai Fait Un Tas D’océans

Point n’ai fait un tas d’océans

Comme les Messieurs d’Orléans,

Ulysses à vapeur en quête

Ni l’Archipel en capitan ;

Ni le Transatlantique autant

Qu’une chanteuse d’opérette.
Mais il fut flottant, mon berceau,

Fait comme le nid de l’oiseau

Qui couve ses œufs sur la houle

Mon lit d’amour fut un hamac :

Et, pour tantôt, j’espère un sac

Lesté d’un bon caillou qui coule.
— Marin, je sens mon matelot

Comme le bonhomme Callot

Sentait son illustre bonhomme

— Va, bonhomme de mer mal fait !

Va, Muse à la voix de rogomme !

Va, Chef-d’œuvre de cabaret !

Veder Napoli Poi Mori

Voir Naples et… Fort bien, merci, j’en viens.
– Patrie
D’Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier !
Dans l’indigo l’artiste en tous genres oublie.
Ce Ne-m’oubliez-pas d’outremer : le douanier.

– Ô Corinne !… ils sont là déclamant sur ma malle…
Lasciate speranza, mes cigares dedans !
– Ô Mignon !… ils ont tout éclos mon linge sale
Pour le passer au bleu de l’éternel printemps !

Ils demandent la main… et moi je la leur serre !
Le portrait de ma Belle, avec morbidezza
Passe de mains en mains : l’inspecteur sanitaire
L’ausculte, et me sourit… trouvant que c’est bien ça !

Je venais pour chanter leur illustre guenille,
Et leur chantage a fait de moi-même un haillon !
Effeuillant mes faux-cols, l’un d’eux m’offre sa fille…
Effeuillant le faux-col de mon illusion !

– Naples ! panier percé des Seigneurs Lazzarones
Riches d’un doux ventre au soleil !
Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trônes,
Clyso-pompant l’azur qui bâille leur sommeil !…

Ô Grands en rang d’oignons ! Plantes de pieds en lignes !
Vous dont la parure est un sac, un aviron !
Fils réchauffés du vieux Phœbus ! Et toujours dignes
Des chansons de Musset, du mépris de Byron !…

– Chœurs de Mazanielli, Torses de mandolines !
Vous dont le métier est d’être toujours dorés
De rayons et d’amour… et d’ouvrir les narines,
Poètes de plein air ! Ô frères adorés !

Dolce Farniente !… Non ! c’est mon sac !… il nage
Parmi ces asticots, comme un chien crevé ;
Et ma malle est hantée aussi… comme un fromage !
Inerte, ô Galilée ! et… è pur si muove…

– Ne ruolze plus ça, toi, grand Astre stupide !
Tas de pâles voyous grouillant à se nourrir ;
Ce n’est plus le lézard, c’est la sangsue à vide…
– Dernier lazzarone à moi le bon Dormir !

Napoli Dogana del porto.

Portes Et Fenêtres

N’entends-tu pas ? Sang et guitare !

Réponds ! je damnerai plus fort.

Nulle ne m’a laissé, Barbare,

Aussi longtemps me crier mort !
Ni faire autant de purgatoire !

Tu ne vois ni n’entends mes pas,

Ton œil est clos, la nuit est noire :

Fais signe Je ne verrai pas.
En enfer j’ai pavé ta rue.

Tous les damnés sont en émoi

Trop incomparable Inconnue !

Si tu n’es pas là préviens-moi !
À damner je n’ai plus d’alcades,

Je n’ai fait que me damner moi,

En serinant mes sérénades

– Il ne reste à damner que Toi !

Vendetta

Tu ne veux pas de mon âme
Que je jette à tour de bras :
Chère, tu me le payeras !…
Sans rancune je suis femme !

Tu ne veux pas de ma peau :
Venimeux comme un jésuite,
Prends garde !… je suis ensuite
Jésuite comme un crapaud,

Et plat comme la punaise,
Compagne que j’ai sur moi,
Pure… mais, ne te déplaise,
Je te préférerais, Toi !

– Je suis encor, Ma très-Chère,
Serpent comme le Serpent
Froid, coulant, poisson rampant
Qui fit pécher ta grand’mère…

Et tu ne vaux pas, Pécore,
Beaucoup plus qu’elle, je crois…
Vaux-tu ma chanson encore ?…
Me vaux-tu seulement moi !…

Pudentiane

Attouchez, sans toucher. On est dévotieuse,

Ni ne retient à son escient.

Mais On pâme d’horreur d’être : luxurieuse

De corps et de consentement !
Et de chair de cette oeuvre On est fort curieuse.

Sauf le vendredi seulement :

Le confesseur est maigre et l’extase pieuse

En fait : carême entièrement.
Une autre se donne. Ici l’On se damne

C’est un tabernacle ouvert qu’on profane.

Bénitier où le serpent est caché !
Que l’Amour, ailleurs, comme un coq se chante

CI-GÎT ! La pudeur-d’-attentat le hante

C’est la Pomme (cuite) en fleur de pêché.
Rome. 40 ans. 15 août.