Pour Vos Beaux Yeux Qui Me Vont Consumant

Pour vos beaux yeux qui me vont consumant,

L’Amour n’a point de peine et de tourment,

De feu cuisant, ny de cruel martyre,

Que de bon coeur je ne voulusse élire,

Et qu’on ne doive endurer doucement.
Tout l’Univers n’a rien de si charmant,

Et s’il estoit sous mon commandement,

Je quitterois volontiers son empire

Pour vos beaux yeux.
Toute la cour vous sert également ;

Mais quant à moy, si je vous vais aimant,

Ne croyez pas que par là je desire

Cette faveur où tout le monde aspire

Car je vous ayme et vous sers seulement

Pour vos beaux yeux.

Quand Iris Aux Beaux Yeux

Quand Iris aux beaux yeux,

Paroist en quelques lieux,

Il n’est coeur qui ne tremble,

C’est l’honneur de la Cour,

C’est la gloire d’Amour,

Et les Vertus ensemble.
On ne peut pas si-tost,

Bien louër comme il faut,

De la grande Duchesse

La grace et la bonté ;

Sa moindre qualité

Est celle de Princesse.
Quand des bords d’Orient,

L’Aurore en sousriant,

Sa lumiere r’appelle,

Elle n’esgale pas,

Avec tous ses appas,

Ceux de Mademoiselle.
La belle Combalet

A la bouche d’oeillet,

Les yeux de vive flame ;

Le courage d’un Roy,

Et l’esprit comme moy,

Quand Apollon m’enflamme.
Le Ciel, sans changement,

En feroit aysément

Une Reyne parfaite,

Quelque jour tous les Roys,

Vivront dessous ses lois,

Dans l’Isle qu’elle a faite.
Jamais l’oeil du Soleil,

Ne vit rien de pareil,

Ni si plein de delices ;

Rien si digne d’amour,

Si ce ne fut le jour,

Que nasquit Artenice.
Quand les Dieux eurent fait,

Le chef-d’oeuvre parfait,

Que Julie on appelle,

Minerve qui la vit,

En pleura de dépit,

Et se trouva moins belle.
L’Amour armé de traits,

Avec tous ses attraits,

N’en a point qui me pique ;

Et je crains plus cent fois,

Les charmes et la voix

De la belle Angelique.

Regrets Sur La Mort Du Rondeau

Pleurez mes yeux, et vous fondez en eau,

Toute ma joie est enclose au tombeau.

Un jeune enfant, ma chère nourriture

Vient d’être mis dans cette sépulture.

Qui le croirait ! c’est le petit Rondeau.

Je fus son père, et sa mère Isabeau.

Ô vous jadis qui le vîtes si beau,

Chaste Julie, après cette aventure,

Pleurez.
Et toi, Phébus, trace de ton pinceau

Dessus sa tombe un superbe tableau,

Où soient dépeints en moult belle figure

Les plus hauts faits du feu petit Voiture ;

Pour vous, passants, voyant cet écriteau,

Pleurez.

Je Me Meurs Tous Les Jours En Adorant Sylvie

Je me meurs tous les jours en adorant Sylvie,

Mais dans les maux dont je me sens perir,

Je suis si content de mourir,

Que ce plaisir me redonne la vie.
Quand je songe aux beautez, par qui je suis la proye

De tant d’ennuis qui me vont tourmentant,

Ma tristesse me rend content,

Et fait en moy les effets de la joye.
Les plus beaux yeux du monde ont jetté dans mon ame,

Le feu divin qui me rend bien-heureux,

Que je vive ou meure pour eux,

J’aime à brusler d’une si belle flame.
Que si dans cet estat quelque doute m’agite,

C’est de penser que dans tous mes tourmens,

J’ay de si grands contentemens,

Que cela seul m’en oste le merite.
Ceux qui font en aimant des plaintes éternelles,

Ne doivent pas estre bien amoureux,

Amour rend tous les siens heureux,

Et dans les maux couronne ses fidelles.
Tandis qu’un feu secret me brusle et me devore,

J’ay des plaisirs à qui rien n’est égal,

Et je vois au fort de mon mal

Les Cieux ouverts dans les yeux que j’adore.
Une divinité de mille attraits pourveuë,

Depuis longtemps tient mon coeur en ses fers,

Mais tous les maux que j’ay souffers,

N’esgalent point le bien de l’avoir veuë.

Si Haut Je Veux Louër Sylvie

Si haut je veux louër Sylvie,

Que tout autre en meure d’envie :

Sa personne est pleine d’appas,

Les Amours naissent sous ses pas,

Et c’est par eux qu’elle est servie.
De cent vertus elle est suivie,

Son coeur tient mon ame ravie,

Et les Conquerans ne l’ont pas

Si haut.
Quoy que mon amour m’y convie,

Ma langue au secret asservie,

N’ose parler d’un certain cas ;

Je diray seulement tout bas,

Que je n’en vis un de ma vie

Si haut.

L’amour Sous Sa Loy

L’Amour sous sa loy

N’a jamais eu d’Amant plus heureux que moy ;

Benit soit son flambeau,

Son carquois, son bandeau,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
Mes jours et mes nuits

Ont bien peu de repos, et beaucoup d’ennuis ;

Je me meurs de langueur,

J’ay le feu dans le coeur,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
Mortels déplaisirs,

Qui venez traverser mes justes desirs,

Je ne crains point vos coups,

Car, enfin, malgré vous,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
A tous ses martyrs

L’Amour donne en leurs maux de secrets plaisirs ;

Je cheris ma douleur,

Et dedans mon malheur,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
Les yeux qui m’ont pris,

Payeroient tous mes maux avec un soûris,

Tous leurs traits me sont doux,

Mesme dans leur courroux,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
Cloris eut des Cieux,

En naissant, la faveur et l’amour des Dieux,

Je la veux adorer,

Et sans rien esperer,

J’en suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
Souvent le dépit,

Peut bien, pour quelque temps, changer mon esprit,

Je maudis sa rigueur,

Mais au fond de mon coeur,

J’en suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
Estant dans les fers

De la belle Cloris, je chantay ces vers ;

Maintenant d’un sujet

Mille fois plus parfait,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.
La seule beauté,

Qui soit digne d’amour, tient ma liberté,

Et je puis desormais

Dire mieux que jamais,

Je suis amoureux,

Et le Ciel ne voit point d’Amant plus heureux.

Sonnet D’uranie

Il faut finir mes jours en l’amour d’Uranie,

L’absence ni le temps ne m’en sauraient guérir,

Et je ne vois plus rien qui me pût secourir,

Ni qui sût r’appeler ma liberté bannie.
Dès long-temps je connais sa rigueur infinie,

Mais pensant aux beautés pour qui je dois périr,

Je bénis mon martyre, et content de mourir,

Je n’ose murmurer contre sa tyrannie.
Quelquefois ma raison, par de faibles discours,

M’incite à la révolte, et me promet secours,

Mais lors qu’à mon besoin je me veux servir d’elle ;
Après beaucoup de peine, et d’efforts impuissants,

Elle dit qu’Uranie est seule aimable et belle,

Et m’y r’engage plus que ne font tous mes sens.

Le Soleil Ne Voit Icy Ba

Oh, laissemoi tranquille, dans mon destin,
Avec tes comparaisons illégitimes !
Un examen plus serré ferait estime
Du moindre agent,… toi, tu y perds ton latin.

Preuves s’entendant comme larrons en foire,
Clins d’yeux bleus pas plus sûrs que l’afflux de sang
Qui les envoya voir : me voilà passant
Pour un beau masque d’une inconstance noire.

Ah ! que nous sommes donc deux pauvres bourreaux Exploités ! et senstu pas que ce manège
Mènera ses exploits tant que le… Que saisje
N’aura pas rentré l’Infini au fourreau ?

Là ; faisons la paix, ô Sourcils ! Prends ta mante ;
Sans regrets apprêtés, ni scénarios vieux,
Allons baiser la brise essuyant nos yeux ;
La brise,… elle sent ce soir un peu la menthe.

Sous Un Habit De Fleurs, La Nymphe Que J’adore

Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j’adore,

L’autre soir apparut si brillante en ces lieux,

Qu’à l’éclat de son teint et celui de ses yeux,

Tout le monde la prit pour la naissante Aurore.
La Terre, en la voyant, fit mille fleurs éclore,

L’air fut partout rempli de chants mélodieux,

Et les feux de la nuit pâlirent dans les Cieux,

Et crurent que le jour recommençait encore.
Le Soleil qui tombait dans le sein de Thétis,

Rallumant tout à coup ses rayons amortis,

Fit tourner ses chevaux pour aller après elle.
Et l’Empire des flots ne l’eût su retenir ;

Mais la regardant mieux, et la voyant si belle,

Il se cacha sous l’onde et n’osa revenir.

Les Demoiselles De Ce Temps

Les demoiselles de ce temps

Ont depuis peu beaucoup d’amants;

On dit qu’il n’en manque à personne,

L’année est bonne.
Nous avons vu les ans passés

Que les galants étaient glacés;

Mais maintenant tant en foisonne,

L’année est bonne.
Le temps n’est pas bien loin encor

Qu’ils se vendaient au poids de l’or,

Et pour le présent on les donne,

L’année est bonne.
Le soleil de nous rapproché

Rend le monde plus échauffé;

L’amour règne, le sang bouillonne,

L’année est bonne.

Sur Une Dame

sur une Dame, dont la juppe

fut retroussée

en versant dans un carrosse, à la campagne.
Philis, je suis dessous vos loix,

Et sans remede à cette fois,

Mon ame est vostre prisonniere :

Mais sans justice et sans raison,

Vous m’avez pris par le derriere,

N’est-ce pas une trahison ?
Je m’estois gardé de vos yeux

Et ce visage gracieux,

Qui peut faire paslir le nostre ;

Contre moy n’ayant point d’appas,

Vous m’en avez fait voir un autre,

De quoy je ne me gardois pas.
D’abord il se fit mon vainqueur,

Ses attraits percerent mon coeur,

Ma liberté se vit ravie,

Et le méchant en cet estat,

S’estoit caché toute sa vie,

Pour faire cet assassinat.
Il est vray que je fus surpris,

Le feu passa dans mes espris :

Et mon coeur autresfois superbe,

Humble se rendit à l’Amour,

Quand il vit vostre cu sur l’herbe,

Faire honte aux rayons du jour.
Le Soleil confus dans les Cieux,

En le voyant si radieux,

Pensa retourner en arriere,

Son feu ne servant plus de rien ;

Mais ayant veu vostre derriere,

Il n’osa plus montrer le sien.
En découvrant tant de beautez,

Les Sylvains furent enchantez,

Et Zephyre voyant encore

D’autres appas que vous avez ;

Mesme en la presence de Flore,

Vous baisa ce que vous sçavez.
La Rose la Reine des fleurs,

Perdit ses plus vives couleurs,

De crainte l’oeillet devint blesme ;

Et Narcisse alors convaincu,

Oublia l’amour de soy-mesme,

Pour se mirer en vostre cu.
Aussi rien n’est si precieux,

Et la clarté de vos beaux yeux,

Vostre teint qui jamais ne change,

Et le reste de vos appas,

Ne meritent point de loüange,

Qu’alors qu’il ne se montre pas.
On m’a dit qu’il a des defaux

Qui me causeront mille maux,

Car il est farouche à merveilles

Il est dur comme un diamant,

Il est sans yeux et sans oreilles,

Et ne parle que rarement.
Mais je l’aime, et veux que mes vers,

Par tous les coins de l’Univers,

En facent vivre la memoire ;

Et ne veux penser desormais

Qu’à chanter dignement la gloire

Du plus beau Cu qui fut jamais.
Philis, cachez bien ses appas,

Les mortels ne dureroient pas,

Si ces beautez estoient sans voiles ;

Les Dieux qui regnent dessus nous,

Assis là haut sur les Estoilles,

Ont un moins beau siege que vous.

Lors Qu’avecque Deux Mots Que Vous Daignâtes Dire

Lors qu’avecque deux mots que vous daignâtes dire,

Vous sûtes arrêter mes peines pour jamais,

Et qu’après m’avoir fait endurer le martyre,

Vous m’ouvrîtes les Cieux, et me mîtes en paix.
Mille attraits, dont encor le souvenir me touche,

Couvrirent à mes yeux vôtre extrême rigueur,

Tous les charmes d’Amour furent sur vôtre bouche,

Et tous ses traits aussi passèrent en mon coeur.
Vous prîtes tout à coup une beauté nouvelle,

Toute pleine d’éclat, de rayons, et de feux ;

Bons Dieux ! ha que ce soir mes yeux vous virent belle,

Et que vos yeux ce soir me virent amoureux !
Le Pasteur qui jugea les trois Déesses nues,

Ne vit point à la fois tant de charmes secrets,

De divines beautés, de grâces inconnues,

Que j’en vis éclater en vos moindres attraits.
Je crois qu’en ce moment la Reine de Cythère,

Sans pas un de ses fils se trouva dans les Cieux,

Et que tous les Amours abandonnant leur Mère,

Etaient dedans mon âme, ou bien dedans vos yeux.
Ils brillaient dans vos yeux, et brûlaient dans mon âme,

Perçant d’un si beau feu les ombres d’alentour.

Que je vivais heureux au milieu de la flamme !

Et que j’avais de joie aussi bien que d’amour !
Depuis, ils ont toujours gardé la même place,

Admirant vos beautés et mon extrême foi ;

Et quoi que vous fassiez, Aminte, ou que je fasse,

Je les vois tous en vous, et je les sens en moi.
Eux qui faisaient brûler le Ciel, la Terre et l’Onde,

Avecque tous leurs feux embrasent mon désir,

Et laissent en repos tout le reste du monde,

Pour me faire la guerre avec plus de loisir.
Tandis qu’ils vont doublant mes peines rigoureuses,

Tous les autres captifs ont du soulagement,

Et l’air n’est plus troublé de plaintes amoureuses,

De pleurs, ni de regrets, que par moi seulement.
Echo ne languit plus d’une flamme inutile,

Daphné ne brûle plus le bel Astre du jour,

Et si le cours d’Alphée est encore en Sicile,

Ce n’est que par coutume, et non pas par amour.
Diane aux yeux de Pan n’a plus rien d’estimable,

Neptune n’aime plus les Nymphes de la mer,

Et comme en l’Univers vous êtes seule aimable,

Je suis le seul aussi qui sache bien aimer.

Tout Beau Corps, Toute Belle Image

Tout beau corps, toute belle image

Sont grossiers auprès du visage

Que Philis a receu des cieux,

Sa bouche, son ris et ses yeux

Mettent tous les coeurs au pillage.
Sa gorge est un divin ouvrage,

Rien n’est si droit que son corsage,

En fin elle a, pour dire mieux,

Tout beau.
Parmy tout, ce qui plus m’engage,

C’est un certain petit passage,

Qui vermeil et delicieux,

Mais ce secret est pour les Dieux ;

Ma plume, changez de langage,

Tout beau.

Ma Foi, C’est Fait De Moi

Ma foi, c’est fait de moi. Car Isabeau

M’a conjuré de lui faire un rondeau.

Cela me met en une peine extrême.

Quoi treize vers : huit en eau, cinq en ème !

Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.

Faisons-en huit, en invoquant Brodeau,

Et puis mettons : par quelque stratagème.

Ma foi, c’est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau

Tirer cinq vers, l’ouvrage serait beau.

Mais cependant je suis dedans l’onzième,

Et si, je crois que je fais le douzième.

En voilà treize ajusté au niveau.

Ma foi, c’est fait !

Trois Jours Entiers, Et Trois Entieres Nuits

Trois jours entiers, et trois entieres nuits,

Bien lentement se sont passez depuis

Que j’ay perdu la clarté souveraine

De deux Soleils, les beaux yeux de ma Reine,

Pour qui les miens souloient* estre conduits.
Sans leur objet je pleure, et je ne puis

Trouver remede au tourment où je suis,

Et chaque instant me dure en cette peine

Trois jours entiers.
Triste et resveur, du penser je la suis,

Pour la chercher, moy-mesme je me fuis,

Et si le sort bien tost ne me rameine

Les doux appas de ma belle inhumaine,

Je ne sçaurois plus vivre en ces ennuis

Trois jours entiers.
(*) avaient coutume