Notre Langue

D’aultant que nostre esprit qui toutes choses domte,
Est plus noble et divin que n’est le corps humain :
D’aultant force de corps et de pied et de main.
A force d’esprit cede, et de ceder n’a honte.

Et d’aultant que l’esprit en nous le corps surmonte,
Et plus au pris de Dieu tout nostre esprit est vain :
Qui d’erreur, d’ignorance, et de vanité plain,
En pensant faire bien, souvent il se mesconte.

Car alors que Dieu veult de sa main un coup faire,
Il le faict en un temps moins propre à le parfaire,
Afin de demonstrer que c’est lui qui l’a faict.

Quand moins on esperoit qu’aucun accord peut plaire
Par tout discours humain, lors Dieu tout au contraire
Il a CHARLES par vous ce miracle parfait.

Il Neige

parmi les ruines de Rome

Hic spirat amor.

J’errais aux campagnes de Rome,
Et, promenant au loin mes pas silencieux,
Je lisais le néant de l’homme
Écrit de toutes parts sur ce sol glorieux.

Du Capitole au front superbe
J’aimais à contempler les environs déserts,
Et je voyais ramper sur l’herbe
L’orgueil de cent palais que la ronce a couverts.

Au pied d’un portique en ruine
Qu’ébranlait de sa faux Saturne triomphant,
Je vis une jeune Sabine
Qui, calme, fraîche et belle, allaitait son enfant.

Je m’approche de cette femme
Qui de ces lieux, pour moi, doublait l’enchantement,
Et de sa bouche je réclame
Quelques légers détails sur ce grand monument.

‘ Étranger, me réponditelle,
‘ J’ai regret de tromper ta curiosité ;
‘ Mais, pour ces débris… tout mon zèle
‘ Ne peut t’apprendre rien sur leur antiquité.

‘ D’autres t’en rediront la gloire,
‘ Par d’autres ces débris te seront expliqués ;
‘ Pour moi, j’en ignore l’histoire :
‘ À peine mon regard les avait remarqués. ‘

Ainsi, pleine de sa tendresse,
Goûtant d’un seul bonheur le long charme innocent,
Cette femme, en sa douce ivresse,
Aimait !… toute sa vie était dans le présent.

Le Laboureur

Mais lors en son temps
Brise qui se lève,
Dès le matin blanc
Dans le ciel monté,

Puis dans l’air qui bouge
Sa voix qui s’élève
Quand vient le soir rouge
Où le jour se tait,

Ici sur les toits
C’est le vent qui règne,
Comme sang qui baigne
Coeur où la vie bat.

Mais lors au clocher
Où temps ne fait grève,
Heures sonnant brèves
Ainsi qu’envolées,

Instant du départ
De nuit advenu
Et vin sur le tard
Alors qu’on a bu,

C’est marins, allés,
Un peu qui chavirent,
Làbas sur les quais
Chercher leurs navires,

Et dans le silence
Rue alors entrée,
Et pour leur partance
Toute pavoisée.