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23 Mes Forces De Jour En Jour S’abaissent

CCV [=CXCV] .
Desir, souhaict, esperance, & plaisir

De tous costez ma franchise agasserent

Si vivement, que sans avoir loysir

De se deffendre, hors de moy la chasserent:

Deslors plus fort l’arbitre ilz pourchasserent,

Qui de despit, & d’ire tout flambant

Combat encor, ores droit, or tumbant

Selon qu’en paix, ou sejour ilz le laissent.

Mais du pouvoir soubz tel faix succumbant

Les forces, las, de jour en jour s’abaissent.
CCVI [=CXCVI] .
Tes doigtz tirantz non le doulx son des cordes,

Mais des haultz cieulx l’Angelique harmonie,

Tiennent encor en telle symphonie,

Et tellement les oreilles concordes,

Que paix, & guerre ensemble tu accordes

En ce concent, que lors je concevoys:

Car du plaisir, qu’avecques toy j’avoys,

Comme le vent se joue avec la flamme,

L’esprit divin de ta celeste voix

m’estainct, & plus soubdain m’enflamme.
CCVII [=CXCVII] .
Doulce ennemye, en qui ma dolente ame

Souffre trop plus, que le corps martyré,

Ce tien doulx oeil, qui jusqu’au coeur m’entame

De ton mourant à le vif attiré

Si vivement, que pour le coup tiré

Mes yeulx pleurantz employent leur deffence.

Mais n’y povant ne force, ne presence,

Le Coeur criant par la bouche te prie

De luy ayder a si mortelle offence.

Qui tousjours ard, tousjours a l’ayde crie.
CCVIII [=CXCVIII] .
Gant envieux, & non sans cause avare

De celle doulce, & molle neige blanche,

Qui me jura desormais estre franche,

La liberté, qui de moy se separe,

Ne sens tu pas le tort, qu’elle prepare

Pour se vouloir du debvoir desister?

Comme tesmoing debvrois soliciter,

Qu’elle taschast par honnorable envie

De foy promise envers moy s’acquitter,

Ou canceller l’obligé de ma vie.
CCIX [=C] .
Sans lesion le Serpent Royal vit

Dedans le chault de la flamme luisante:

Et en l’ardeur, qui a toy me ravit,

Tu te nourris sans offense cuisante:

Et bien que soit sa qualité nuisante

Tu t’y complais, comme en ta nourriture.

O fusses tu par ta froide nature

La Salemandre en mon feu residente:

Tu y aurois delectable pasture,

Et estaindrois ma passion ardente.
CCX [=] .
Phebé luysant par ce Globe terrestre

Entreposé a sa clarté privée

De son opaque, argentin, & cler estre

Soubdainement, pour un temps, est privée.

Et toy, de qui m’est tousjours derivée

Lumiere, & vie, estant de moy loingtaine

Par l’espaisseur de la terre haultaine,

Qui nous separe en ces haultz Montz funebres.

Je sens mes yeulx se dissouldre en fontaine,

Et ma pensée offusquer en tenebres.
CCXI [=CCI] .
Soubz doulx penser je me voy congeler

En ton ardeur, qui tous les jours m’empire:

Et ne se peult desormais plus celer

L’aultre Dodone incongneue a Epyre,

Ou la fontaine en froideur beaucoup pire,

Qu’aulx Alpes n’est toute hyvernale glace,

Couvre, & nourrit si grand’ flamme en ta face,

Qu’il n’est si froid, bien que tu soys plus froide,

Qu’en un instant ardoir elle ne face,

Et en ton feu mourir glacé tout roide.
CCXII [=CCII] .
T’esbahys tu, ô Enfant furieux,

Si diligent la verité je tente?

Et l’esprouvant, me dis tu curieux

A rendre en tout ma pensée contente?

Je ne le fais pour abreger l’attente,

Ny pour vouloir d’espoir me delivrer:

Mais je me tasche autant a captiver

La sienne en moy loyalle affection,

Comme pour moy je ne la veulx priver

De sa naifue, & libre intention.
CCXIII [=CCIII] .
Vicissitude en Nature prudente,

Puissant effect de l’eternel Movent,

Seroit en tout sagement providente

Si son retour retardoit plus souvent.

De rien s’esmeult, & s’appaise le vent,

Qui ores sort, & puis ores s’enferme.

Mais par ce cours son povoir ne m’afferme

L’allegement, que mes maulx avoir pensent.

Car par la foy en si saincte amour ferme

Avecques l’An mes peines recommencent.