À La Mère De L’enfant Mort

Victor Hugo


Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange

Qu’il est d’autres anges là-haut,

Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change,

Qu’il est doux d’y rentrer tôt ;
Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,

Une tente aux riches couleurs,

Un jardin bleu rempli de lys qui sont des astres,

Et d’étoiles qui sont des fleurs ;
Que c’est un lieu joyeux plus qu’on ne saurait dire,

Où toujours, se laissant charmer,

On a les chérubins pour jouer et pour rire,

Et le bon Dieu pour nous aimer ;
Qu’il est doux d’être un cœur qui brûle comme un cierge,

Et de vivre, en toute saison,

Près de l’enfant Jésus et de la Sainte Vierge

Dans une si belle maison !
Et puis vous n’aurez pas assez dit, pauvre mère,

A ce fils si frêle et si doux,

Que vous étiez à lui dans cette vie amère,

Mais aussi qu’il était à vous ;
Que, tant qu’on est petit, la mère sur nous veille,

Mais que plus tard on la défend ;

Et qu’elle aura besoin, quand elle sera vieille,

D’un homme qui soit son enfant ;
Vous n’aurez point assez dit à cette jeune âme

Que Dieu veut qu’on reste ici-bas,

La femme guidant l’homme et l’homme aidant la femme,

Pour les douleurs et les combats ;
Si bien qu’un jour, ô deuil ! irréparable perte !

Le doux être s’en est allé ! —-

Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte,

Que votre oiseau s’est envolé !
Avril 1843.