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À Madame Marguerite, D’écrire En Sa Langue

Quiconque soit qui s’étudie

En leur langue imiter les vieux,

D’une entreprise trop hardie

II tente la voie des cieux,

Croyant en des ailes de cire,

Dont Phébus le peut déplumer

Et semble, à le voir, qu’il désire

Donner nouveaux noms à la mer.

Il y met de l’eau, ce me semble,

Et pareil peut être encore est

A celui qui du bois assemble

Pour le porter en la forêt.

Qui suivra la divine Muse

Qui tant sut Achille extoller ?

Où est celui qui tant s’abuse

De cuider encore voler ?

Où, par régions inconnues,

Le cygne Thébain, si souvent,

Dessous lui regarde les nues,

Porté sur les ailes du vent ?

Qui aura l’haleine assez forte,

Et l’estomac, pour entonner

Jusqu’au bout la buccine torte

Que le Mantouan fit sonner ?

Mais, où est celui qui se vante

De ce Calabrais approcher

Duquel jadis la main savante

Sut la lyre tant bien toucher ?

Princesse, je ne veux point suivre

D’une telle mer les dangers,

Aimant mieux entre les miens vivre

Que mourir chez les étrangers.

Mieux vaut que les siens on précède,

Le nom d’Achille poursuivant,

Que d’être ailleurs un Diomède

Voire un Thersite bien souvent.

Quel siècle éteindra ta mémoire,

O Boccace? Et quels durs hivers

Pourront jamais sécher la gloire,

Pétrarque, de tes lauriers verts ?

Qui verra la vôtre muette,

Dante, et Bembe à l’esprit hautain ?

Qui fera taire la musette

Du pasteur Néapolitain ?

Le Lot, le Loir, Touvre et Garonne,

A vos bords vous direz le nom

De ceux que la docte couronne

Éternise d’un haut renom.

Et moi, si la douce folie

Ne me déçoit, je te promets,

Loire, que ta lyre, abolie,

Si je vis, ne sera jamais.

Marguerite peut donner celle

Qui rendait les enfers contents,

Et qui bien souvent après elle

Tirait les chênes écoutants