À Mademoiselle Rachel

Alfred de Musset


Si ta bouche ne doit rien dire

De ces vers désormais sans prix ;

Si je n’ai, pour être compris,

Ni tes larmes, ni ton sourire ;
Si dans ta voix, si dans tes traits,

Ne vit plus le feu qui m’anime ;

Si le noble coeur de Monime

Ne doit plus savoir mes secrets ;
Si ta triste lettre est signée ;

Si les gardiens d’un vieux tombeau

Laissent leur prêtresse indignée

Sortir, emportant son flambeau ;
Cette langue de ma pensée,

Que tu connais, que tu soutiens,

Ne sera jamais prononcée

Par d’autres accents que les tiens.
Périsse plutôt ma mémoire

Et mon beau rêve ambitieux !

Mon génie était dans ta gloire ;

Mon courage était dans tes yeux.