À Mme N. Ménessier

Alfred de Musset


Madame, il est heureux, celui dont la pensée

(Qu’elle fût de plaisir, de douleur ou d’amour)

A pu servir de soeur à la vôtre un seul jour.

Son âme dans votre âme un instant est passée ;
Le rêve de son coeur un soir s’est arrêté,

Ainsi qu’un pèlerin, sur le seuil enchanté

Du merveilleux palais tout peuplé de féeries

Où dans leurs voiles blancs dorment vos rêveries
Qu’importe que bientôt, pour un autre oublié,

De vos lèvres de pourpre il se soit envolé

Comme l’oiseau léger s’envole après l’orage ?

Lorsqu’il a repassé le seuil mystérieux,

Vos lèvres l’ont doré, dans leur divin langage,

D’un sourire mélodieux.