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Au Fleuve De Loire

Ô de qui la vive coursePrend sa bienheureuse source,D’une argentine fontaine,Qui d’une fuite lointaine,Te rends au sein fluctueuxDe l’Océan monstrueux,Loire, hausse ton chef oresBien haut, et bien haut encores,Et jette ton oeil divinSur ce pays Angevin,Le plus heureux et fertile,Qu’autre où ton onde distille.Bien d’autres Dieux que toi, Père,Daignent aimer ce repaire,A qui le Ciel fut donneurDe toute grâce et bonheur.Cérès, lorsque vagabondeAllait quérant par le mondeSa fille, dont possesseurFut l’infernal ravisseur,De ses pas sacrés touchaCette terre, et se couchaLasse sur ton vert rivage,Qui lui donna doux breuvage.Et celui-là, qui pour mèreEut la cuisse de son père,Le Dieu des Indes vainqueurArrosa de sa liqueurLes monts, les vaux et campaignesDe ce terroir que tu baignes.Regarde, mon Fleuve, aussiDedans ces forêts ici,Qui leurs chevelures vivesHaussent autour de tes rives,Les faunes aux pieds soudains,Qui après biches et daims,Et cerfs aux têtes raméesOnt leurs forces animées.Regarde tes Nymphes bellesA ces Demi-dieux rebelles,Qui à grand’course les suivent,Et si près d’elles arrivent,Qu’elles sentent bien souventDe leurs haleines le vent.Je vois déjà hors d’haleineLes pauvrettes, qui à peinePourront atteindre ton cours,Si tu ne leur fais secours.Combien (pour les secourir)De fois t’a-t-on vu courirTout furieux en la plaine?Trompant l’espoir et la peineDe l’avare laboureur,Hélas! qui n’eut point d’horreurBlesser du soc sacrilègeDe tes Nymphes le collège,Collège qui se récréeDessus ta rive sacrée.Qui voudra donc loue et chanteTout ce dont l’Inde se vante,Sicile la fabuleuse,Ou bien l’Arabie Heureuse.Quant à moi, tant que ma LyreVoudra les chansons élireQue je lui commanderai,Mon Anjou je chanterai.Ô mon Fleuve paternel,Quand le dormir éternelFera tomber à l’enversCelui qui chante ces vers,Et que par les bras amisMon corps bien près sera misDe quelque fontaine vive,Non guère loin de ta rive,Au moins sur ma froide cendreFais quelques larmes descendre,Et sonne mon bruit fameuxA ton rivage écumeux.N’oublie le nom de celleQui toutes beautés excelle,Et ce qu’ai pour elle aussiChanté sur ce bord ici.