Aux Frères De Pange

André Chénier


Tant gratte chèvre que mal gît,
Tant va le pot à l’eau qu’il brise,
Tant chauffeon le fer qu’il rougit,
Tant le mailleon qu’il se débrise,
Tant vaut l’homme comme on le prise,
Tant s’élogneil qu’il n’en souvient,
Tant mauvais est qu’on le déprise,
Tant criel’on Noël qu’il vient.

Tant parleon qu’on se contredit,
Tant vaut bon bruit que grâce acquise,
Tant prometon qu’on s’en dédit,
Tant prieon que chose est acquise,
Tant plus est chère et plus est quise,
Tant la quierton qu’on y parvient,
Tant plus commune et moins requise,
Tant criel’on Noël qu’il vient.

Tant aimeon chien qu’on le nourrit,
Tant court chanson qu’elle est apprise,
Tant gardeon fruit qu’il se pourrit,
Tant baton place qu’elle est prise,
Tant tardeon que faut l’entreprise,
Tant se hâteon que mal advient,
Tant embrasseon que chet la prise,
Tant criel’on Noël qu’il vient.

Tant railleon que plus on n’en rit,
Tant dépenton qu’on n’a chemise,
Tant eston franc que tout y frit,
Tant vaut ‘Tiens !’ que chose promise,
Tant aimeon Dieu qu’on fuit l’Eglise,
Tant donneon qu’emprunter convient,
Tant tourne vent qu’il chet en bise,
Tant criel’on Noël qu’il vient.

Prince, tant vit fol qu’il s’avise,
Tant vail qu’après il revient,
Tant le mateon qu’il se ravise,
Tant criel’on Noël qu’il vient.