Skip to content

Chanson

Plus subtile oeuvre tirée

Ne fut onc de soie ou d’or

Qu’est votre tresse dorée

De beauté riche trésor

Oncq’ amour plus sûrement

Ne tendit ses lacs ailleurs

Pour s’y celer cautement

Et surprendre mille coeurs.

La belle douce lumière

Qui luit dessous votre front

Semble l’étoile première

Qui l’ombre de la nuit rompt

Oncques d’un astre plus beau

Amour son brandon n’éprit,

Ni plus honnête flambeau

Pour rallumer un esprit.

A votre bouche ressemble

Un corail, qui tient fermés

Deux rangs de perles ensemble

D’ambre et de musc parfumés

Amour ne peut mieux choisir

Pour donner commencement

A un amoureux désir

Et le forcer doucement.

De la plus vermeille aurore,

Guide d’un soleil serein

Qui de blancheur se colore,

Vous est prêté ce beau teint

Amour oncques ne trouva

Un objet plus gracieux

Par lequel il éprouva

Comme il doit gagner les yeux.

D’Arachné ou de Minerve

Se prit votre belle main,

Qui tient la liberté serve

Et le coeur étreint au sein

Ce naeud gracieux et fort

A l’amour avez prêté,

Pour, contre tout autre effort,

Contraindre une volonté.

La contenance et la grâce

Peinte en votre gravité

Représente au vif la face

De la même majesté

Amour vous doit ressembler

Quand voletant par les lieux

Il fait dessous soi trembler

Et les hommes et les dieux.

Or cette beauté tant belle

N’eût jamais su toutefois

Ranger mon esprit rebelle

Sous les amoureuses lois,

Car déjà pour autre objet

Ayant souffert mille morts,

Il fuyait d’être sujet

A toutes beautés du corps.

Votre esprit qui en Parnasse

But tant de votre liqueur

Qu’il tient la dixième place

De l’Éliconien choeur,

C’est ce que j’ai admiré

Et qui tant m’attire à soi

Qu’aux mains d’amour j’ai juré

Une inviolable foi.

Lui, d’une éternelle source,

Éternel toujours vivra,

Mon amour de même course

Éternel donc le fuira

Et si vraie est la fureur

Dont Phébus le coeur me point,

Votre esprit, ni mon ardeur,

Ni mes vers ne mourront point.