Chanson D’été

Albert Samain


Le soleil brûlant

Les fleurs qu’en allant

Tu cueilles,

Viens fuir son ardeur

Sous la profondeur

Des feuilles.
Cherchons les sentiers

A demi frayés

Où flotte,

Comme dans la mer,

Un demi-jour vert

De grotte.
Des halliers touffus

Un soupir confus

S’éléve

Si doux qu’on dirait

Que c’est la forêt

Qui rêve
Chante doucement ;

Dans mon coeur d’amant

J’adore

Entendre ta voix

Au calme du bois

Sonore.
L’oiseau, d’un élan,

Courbe, en s’envolant,

La branche

Sous l’ombrage obscur

La source au flot pur

S’épanche.
Viens t’asseoir au bord

Où les boutons d’or

Foisonnent

Le vent sur les eaux

Heurte les roseaux

Qui sonnent.
Et demeure ainsi

Toute au doux souci

De plaire,

Une rose aux dents,

Et ton pied nu dans

L’eau claire.