Chanson En Si

Tristan Corbière


Si j’étais noble Faucon,

Tournoierais sur ton balcon

– Taureau : foncerais ta porte

– Vampire : te boirais morte

Te boirais !
– Geôlier : lèverais l’écrou

– Rat : ferais un petit trou

Si j’étais brise alizée,

Te mouillerais de rosée

Roserais !
Si j’étais gros Confesseur,

Te fouaillerais, ô Ma Sœur !

Pour seconde pénitence,

Te dirais ce que je pense

Te dirais
Si j’étais un maigre Apôtre,

Dirais :  » Donnez-vous l’un l’autre,

Pour votre faim apaiser :

Le pain-d’amour : Un baiser.  »

Si j’étais !
Si j’étais Frère-quêteur,

Quêterais ton petit cœur

Pour Dieu le Fils et le Père,

L’Église leur Sainte Mère

Quêterais !
Si j’étais Madone riche,

Jetterais bien, de ma niche,

Un regard, un sou béni

Pour le cantique fini

Jetterais !
Si j’étais un vieux bedeau,

Mettrais un cierge au rideau

D’un goupillon d’eau bénite,

L’éteindrais, la vespre dite,

L’éteindrais !
Si j’étais roide pendu,

Au ciel serais tout rendu :

Grimperais après ma corde,

Ancre de miséricorde,

Grimperais !
Si j’étais femme Eh, la Belle,

Te ferais ma Colombelle

À la porte les galants

Pourraient se percer des flancs

Te ferais
Enfant, si j’étais la duègne

Rossinante qui te peigne,

Señora, si j’étais Toi

J’ouvrirais au pauvre Moi,

– Ouvrirais !