Complainte Des Noces De Pierrot

Jules Laforgue


Où te flatter pour boire dieu,

Ma provisoire corybante ?

Je sauce mon âme en tes yeux,

Je ceins ta beauté pénitente,

Où donc vis-tu ? Moi si pieux,

Que tu m’es lente, lente !
Tes cils m’insinuent : c’en est trop ;

Et leurs calices vont se clore,

Sans me jeter leur dernier mot,

Et refouler mes métaphores,

De leur petit air comme il faut ?

Isis, levez le store !
Car cette fois, c’est pour de bon ;

Trop d’ avrils, quittant la partie

Devant des charmes moribonds,

J’ai bâclé notre eucharistie

Sous les trépieds où ne répond

Qu’une aveugle pythie !
Ton tabernacle est dévasté ?

Sois sage, distraite égoïste !

D’ailleurs, suppôt d’éternité,

Le spleen de tout ce qui n’existe

Veut qu’ en ce blanc matin d’été,

Je sois ton exorciste !
Ainsi, fustigeons ces airs plats

Et ces dolentes pantomimes

Couvrant d’avance du vieux glas

Mes toscins à l’hostie ultime !

Ah ! Tu me comprends, n’est-ce pas,

Toi, ma moins pauvre rime ?
Introïbo, voici l’Époux !

Hallali ! Songe au pôle, aspire ;

Je t’achèterai des bijoux,

Garde-moi ton ut de martyre

Quoi ! Bébé bercé, c’est donc tout ?

Tu n’as plus rien à dire ?
-Mon dieu, mon dieu ! Je n’ai rien eu,

J’en suis encore aux poncifs thèmes !

Son teint me redevient connu,

Et, sur son front tout au baptême,

Aube déjà l’air ingénu !

L’air vrai ! L’air non mortel quand même !
Ce qui fait que je l’aime,
Et qu’elle est même, vraiment,

La chapelle rose

Où parfois j’expose

Le saint-sacrement

De mon humeur du moment.