Complainte Des Printemps

Jules Laforgue


Permettez, ô sirène,

Voici que votre haleine

Embaume la verveine;

C’est l’printemps qui s’amène!
– Ce système, en effet, ramène le printemps,

Avec son impudent cortège d’excitants.
Otez donc ces mitaines;

Et n’ayez, inhumaine,

Que mes soupirs pour traîne :

Ous’qu’il y a de la gêne.
– Ah! yeux bleus méditant sur l’ennui de leur art!

Et vous, jeunes divins, aux soirs crus de hasard!
Du géant à la naine;

Vois, tout bon sire entraîne

Quelque contemporaine,

Prendre l’air, par hygiène
– Mais vous saignez ainsi pour l’amour de l’exil!

Pour l’amour de l’Amour! D’ailleurs, ainsi soit-il
T’ai-je fait de la peine ?

Oh! viens vers les fontaines

Où tournent les phalènes

Des Nuits Elyséennes!
– Pimbêche aux yeux vaincus, bellâtre aux beaux jarrets

Donnez votre fumier à la fleur du Regret,
Voilà que son haleine

N’embaum’ plus la verveine!

Drôle de phénomène

Hein, à l’année prochaine ?
– Vierges d’hier, ce soir traîneuses de fœtus,

À genoux! voici l’heure où se plaint l’Angelus.
Nous n’irons plus aux bois,

Les pins sont éternels,

Les cors ont des appels!
Neiges des pâles mois,

Vous serez mon missel!

– Jusqu’au jour de dégel.