Dernier Sonnet

Albert Mérat


Après les yeux, après la bouche, après l’éclat

Des cheveux, poursuivant la grâce du poème,

Je ne rencontrais pas une beauté suprême

Qu’une autre, sans pouvoir lui nuire, n’égalât.

Mais ce siècle est menteur bien plus que délicat ;

Sa pudeur a poussé les feintes à l’extrême.

Voici qu’il a flétri ce dernier sujet, même

Avant qu’un simple trait de plume le marquât.

Donc mon œuvre sera par moi-même meurtrie :

Au lieu du nu superbe, un pli de draperie

Dérobera la fuite adorable des flancs.

Encore il se peut bien qu’un vil regard indique

Ce voile, malgré soi moulant les contours blancs,

Comme une invention de Vénus impudique.