Désir Simple

Alphonse Beauregard


Jeunes filles qui brodez

En suivant des songeries,

Seules sur vos galeries,

Ou qui dehors regardez,

Comme des oiseaux en cage,

Si j’en avais le courage

Vers l’une de vous j’irais

— Dieu sait encore laquelle,

La plus triste ou la plus belle —

Et d’un ton simple dirais :

—  » Vous êtes celle, peut-être,

Qui m’apparaît si souvent

Diaphane dans le vent,

Celle que je dois connaître ;

Je suis peut-être celui

Dont vous attendez l’appui,

Et qui tient en sa puissance

Tout le splendide inconnu.

Nous aurons, c’est convenu,

L’un en l’autre confiance.  »

Lors je peindrais l’idéal

Qui m’aiguillonne et m’élève ;

Vous confesseriez le rêve

De votre esprit virginal.

Nous avouerions si la vie

Nous fut l’intruse ou l’amie,

Quels plaisirs nous ont lassés,

Ce que l’aube nous murmure,

Par quelle sainte blessure

Nous apprîmes à penser.

Il se pourrait que soit vaine

La tentative d’aimer ;

Pourtant, les cœurs sont rythmés

En mesures si prochaines,

Qu’entre nous il resterait

Des attaches, un secret.

Et quand, les jours de grisaille,

Nous irions au temps défunt

Il en naîtrait le parfum

D’éphémères fiançailles.