Émeraude

Albert Samain


Vision de forêts dans l’eau glauque Émeraude.

Étangs luisant dans les jardins comme des yeux,

Beaux yeux cruels pareils aux bois mystérieux

Où la panthère d’or, amour, ondule et rôde.
Printemps de la couleur. Rêve sentimental

De feuillée en fraîcheur mirée à la rivière

Et d’âme rebaignée en la candeur première

De la verdure peinte en un vierge cristal.
Et mauvais rêve aussi de la femme mauvaise

Dont le lourd regard vert, brûlant comme la braise,

Au cœur ensorcelé distille le poison.
Mers vertes-vision de naufrages tragiques

Émeraudes. Grands yeux fascinants et magiques

Du vieux sphynx allongé fatal à l’horizon.