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En Frappant À Une Porte

J’ai perdu mon père et ma mère,

Mon premier né, bien jeune, hélas !

Et pour moi la nature entière

Sonne le glas.
Je dormais entre mes deux frères ;

Enfants, nous étions trois oiseaux ;

Hélas ! le sort change en deux bières

Leurs deux berceaux.
Je t’ai perdue, ô fille chère,

Toi qui remplis, ô mon orgueil,

Tout mon destin de la lumière

De ton cercueil !
J’ai su monter, j’ai su descendre.

J’ai vu l’aube et l’ombre en mes cieux.

J’ai connu la pourpre, et la cendre

Qui me va mieux.
J’ai connu les ardeurs profondes,

J’ai connu les sombres amours ;

J’ai vu fuir les ailes, les ondes,

Les vents, les jours.
J’ai sur ma tête des orfraies ;

J’ai sur tous mes travaux l’affront,

Aux pieds la poudre, au cœur des plaies,

L’épine au front.
J’ai des pleurs à mon oeil qui pense,

Des trous à ma robe en lambeau ;

Je n’ai rien à la conscience ;

Ouvre, tombeau.
Marine-Terrace, 4 septembre 1855.