Femme

Tristan Corbière


La Bête féroce
Lui cet être faussé, mal aimé, mal souffert,

Mal haï mauvais livre et pire : il m’intéresse.

S’il est vide après tout Oh mon dieu, je le laisse,

Comme un roman pauvre entr’ouvert.
Cet homme est laid Et moi, ne suis-je donc pas belle,

Et belle encore pour nous deux !

En suis-je donc enfin aux rêves de pucelle ?

– Je suis reine : Qu’il soit lépreux !
Où vais-je femme ! Après suis-je donc pas légère

Pour me relever d’un faux pas !

Est-ce donc Lui que j’aime ! Eh non ! c’est son mystère

Celui que peut-être Il n’a pas.
Plus Il m’évite, et plus et plus Il me poursuit

Nous verrons ce dédain suprême.

Il est rare à croquer, celui-là qui me fuit !

Il me fuit Eh bien non ! Pas même.
Aurais-je ri pourtant ! si, comme un galant homme,

Il avait allumé ses feux

Comme Ève femme aussi qui n’aimait pas la Pomme,

Je ne l’aime pas et j’en veux !
C’est innocent. Et lui ? Si l’arme était chargée

– Et moi, j’aime les vilains jeux !

Et l’on sait amuser, avec une dragée

Haute, un animal ombrageux.
De quel droit ce regard, ce mauvais oeil qui touche :

Monsieur poserait le fatal ?

Je suis myope, il est vrai Peut-être qu’il est louche ;

Je l’ai vu si peu mais si mal.
Et si je le laissais se draper en quenouille,

Seul dans sa honteuse fierté !

– Non. Je sens me ronger, comme ronge la rouille,

Mon orgueil malade, irrité.
Allons donc ! c’est écrit n’est-ce pas dans ma tête,

En pattes-de-mouche d’enfer ;

Écrit, sur cette page où là ma main s’arrête.

– Main de femme et plume de fer.
Oui ! Baiser de Judas Lui cracher à la bouche

Cet amour ! Il l’a mérité

Lui dont la triste image est debout sur ma couche,

Implacable de volupté.
Oh oui : coller ma langue à l’inerte sourire

Qu’il porte là comme un faux pli !

Songe creux et malsain, repoussant qui m’attire !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

– Une nuit blanche. un jour sali