Frontispice

Albert Mérat


Je rêve un frontispice à mes vers. Le burin,

Fantasque, évoquerait sur le seuil d’un portique

La fatale beauté d’une Chimère antique.

Levant vers moi son front cruel et souverain.

Pour abuser mon cœur par un espoir serein,

La bouche sourirait sensuelle et plastique ;

Le corps rigide aurait la pose hiératique

Des grands sphinx qu’aux déserts endort un ciel d’airain.

Car j’ai bravé la croupe horrible des Chimères ;

Et, la lèvre collée aux mamelles amères,

J’ai senti jusqu’au cœur leurs ongles de lions ;

Et j’ai, blessé, trop fier pour compter mes blessures,

Maintenu sous la dent profonde des morsures

Mon cœur gonflé d’amour et de rébellions.