Gente Dame

Tristan Corbière


Il n’est plus, ô ma Dame,

D’amour en cape, en lame,

Que Vous !

De passion sans obstacle,

Mystère à grand spectacle,

Que nous !
Depuis les Tour de Nesle

Et les Château de Presle,

Temps frais,

Où l’on couchait en Seine

Les galants, pour leur peine.

— Après. —
Quand vous êtes Frisette,

Il n’est plus de grisette

Que Toi !

Ni de rapin farouche,

Pur Rembrandt sans retouche,

Que moi !
Qu’il attende, Marquise,

Au grand mur de l’église

Flanqué,

Ton bon coupé vert-sombre,

Comme un bravo dans l’ombre,

Masqué.
— À nous ! — J’arme en croisière

Mon fiacre-corsaire,

Au vent,

Bordant, comme une voile,

Le store qui nous voile:

— Avant !
— Quartier-dolent—tourelle

Tout au haut de l’échelle.

Quel pas !

— Au sixième — Eh ! madame,

C’est tomber, sur mon âme !

Bien bas !
Au grenier poétique,

Où gîte le classique

Printemps,
Viens courre, aventurière,

Ce lapin de gouttière :

Vingt-ans !
Ange, viens pour ton hère

Jouer à la misère

Des Dieux !

Pauvre diable à ficelles,

Lui, joue avec tes ailes.

Aux cieux !
Viens, Béatrix du Dante,

Mets dans ta main charmante

Mon front

Ou passe, en bonne fille,

Fière au bras de ton drille,

Le pont.
Demain, ô mâle amante,

Reviens-moi Bradamante !

Muguet !

Eschôlier en fortune,

Narguant, de vers la brune,

Le guet !