Idole Et Charme De Ma Vie

Amédée Pommier


Idole et charme de ma vie,

Tu sais endormir tous mes maux ;

Tu sais me rendre le repos

De mon enfance évanouie.

Lorsque mon cœur est languissant,

Par ton aspect tu le consoles,

Et la moindre de tes paroles

Y verse un baume adoucissant.

Ton regard chasse les nuages

De la tristesse et du malheur,

Comme un astre préservateur

Qui brille à travers les orages.

Qu’il m’est doux d’avoir ton soutien,

De trouver au désert du monde

Un cœur, un seul, mais qui réponde

A tous les mouvements du mien !

Souvent avec persévérance

Le sort nous verse les douleurs ;

Souvent, à force de rigueurs,

Il décourage l’espérance.

Comme un funéraire flambeau,

L’homme tristement se consume,

Et marche, abreuve d’amertume,

Vers les ténèbres du tombeau.

Mais, près de celle qu’il adore,

Oubliant son destin cruel,

Le plus infortuné mortel

Peut quelquefois sourire encore.

Un jour, fatigué de sévir

Contre une race misérable,

Le ciel créa ton sexe aimable

Pour consoler et pour guérir.

Oui, tous les chagrins, ma Zélie,

Semblent mêlés de volupté,

Lorsqu’on traverse à ton côté

Le sombre vallon de la vie !

Les humains peuvent m’oublier :

Je n’aurai point la crainte arrière

De mourir, triste, solitaire,

Indiffèrent au monde entier.

Tu garderas un regret tendre

De celui qui fut ton amant,

Et qui dormira mollement

Si tu viens visiter sa cendre.

Sur cet espoir, ô mes amours,

Malgré la nuit qui m’environne,

Nonchalamment je m’abandonne

Au vol précipité des jours.