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Il Est Des Jours Abjects Où, Séduits Par La Joie

Il est des jours abjects où, séduits par la joie

Sans honneur,

Les peuples au succès se livrent, triste proie

Du bonheur.
Alors des nations, que berce un fatal songe

Dans leur lit,

La vertu coule et tombe, ainsi que d’une éponge

L’eau jaillit.
Alors, devant le mal, le vice, la folle,

Les vivants

Imitent les saluts du vil roseau qui plie

Sous les vents.
Alors festins et jeux ; rien de ce que dit l’âme

Ne s’entend ;

On boit, on mange, on chante, on danse, on est infâme

Et content.
Le crime heureux, servi par d’immondes ministres,

Sous les cieux

Rit, et vous frissonnez, grands ossements sinistres

Des aïeux.
On vit honteux, les yeux troubles, le pas oblique,

Hébété

Tout à coup un clairon jette aux vents : République !

Liberté !
Et le monde, éveillé par cette âpre fanfare,

Est pareil

Aux ivrognes de nuit qu’en se levant effare

Le soleil.
Jersey, 1853.