Intermède

Alphonse Beauregard


L’homme songeait :  » Qui cherche attaque le granit,

Mes victoires sont des désastres.

Je suis cloué sous le zénith

Et je voulais saisir, à l’horizon, des astres.

 » Tout m’échappe. Comment savoir

Si le but du soleil est d’éclairer des mondes

Ou de se préparer, dans la flamme, aux devoirs

D’une maturité féconde ?

 » La noix est-elle germe ou repas d’écureuil ?

Est-ce pour engendrer une race d’idées

Ou nourrir d’éclatants orgueils

Que de sang et de pleurs l’histoire est inondée ?

 » Pour le bien vaut-il mieux choisir

Plus d’amour et de vie et de mort et de râles.

Ou moins d’êtres et de désirs

Et moins de massacrés dans la lutte fatale ?

 » Tout me confond. Pourquoi ce monde qui maintient

Dans le néant sa course énorme ?

Que penser ? Je ne vois que défiler des formes

Et qui ne sait tout ne sait rien.

 » Loin de moi, recherche inutile !

Léger d’esprit, dorénavant,

J’irai dans l’attirante ville

Me griser de plaisir mouvant.

 » J’emplirai mes heures oisives

De jeu, de spectacles, de sport,

De bruit avec de gais convives

Et, riant, j’attendrai la mort.  »

Lors dansa dans la rue un tourbillon de neige

Et l’homme réfléchit :  » Que sais-je

Des raisons qu’a le vent, ici, de tournoyer ?

Que sais-je de la force excepté l’employer ?

Que sais-je des secrets que l’animal pénètre ?

Que sais-je de moi-même et de mon propre sang ?  »

Il sentit déborder son vouloir frémissant

Et reprit le travail fabuleux de connaître.