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La Bénédiction

Tout à coup, au détour d’une petite rue,

On nous crie en français :  » À l’aide !  » En quelques bonds

Nous joignons nos amis en danger et tombons

Au milieu d’une belle et grave compagnie

De grenadiers chassés avec ignominie

Du parvis d’un couvent seulement défendu

Par vingt moines, démons noirs au crâne tondu.

Qui sur la robe avaient la croix de laine blanche,

Et qui, pieds nus, le bras sanglant hors de la manche,

Les assommaient à coups d’énormes crucifix.

Ce fut tragique : avec tous les autres je fis

Un feu de peloton qui balaya la place.

Froidement, méchamment, car la troupe était lasse

Et tous nous nous sentions des âmes de bourreaux,

Nous tuâmes ce groupe horrible de héros.

Et cette action vile une fois consommée,

Lorsque se dissipa la compacte fumée,

Nous vîmes, de dessous les corps enchevêtrés,

De longs ruisseaux de sang descendre les degrés. —

— Et, derrière, s’ouvrait l’église, immense et sombre.Les cierges étoilaient de points d’or toute l’ombre ;

L’encens y répandait son parfum de langueur ;

Et, tout au fond, tourné vers l’autel, dans le chœur,

Comme s’il n’avait pas entendu la bataille,

Un prêtre en cheveux blancs et de très haute taille