La Fleur Du Volcan

Amable Tastu


Humble et chétive fleur, par le sort condamnée,

Sur le flanc d’un volcan pourquoi donc es-tu née ?

Qu’as-tu fait à ce sort, dont l’injuste dédain

Te refusa l’enclos d’un rustique jardin ?

Au gré de sa faveur, ta grâce solitaire

Eût fait même l’orgueil d’un somptueux parterre,

Sous les yeux satisfaits d’opulents possesseurs,

Qui te proclameraient belle parmi tes sœurs !

Hélas ! telle n’est point la part qui t’est restée !

Sur un sol frémissant, sans relâche agitée,

Tu fleuris sans repos, tu souffres sans témoins ;

Ceux qui t’auraient pu voir sont émus d’autres soins ;

Qu’importe qu’à leurs pieds un doux parfum s’exhale

Dans l’ombre et le secret de ta corolle pâle,

Qui, longtemps exposée à tous les vents du ciel,

Garde encore à l’abeille une goutte de miel ?

Quand une ville, un peuple, un empire s’efface,

Qui songerait à toi, qui chercherait ta trace,

Pauvre fleur oubliée au sein des rocs déserts,

Où tu subis longtemps l’inclémence des airs ?…