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La Grève Des Forgerons

Mon histoire, messieurs les juges, sera brève.

Voilà. Les forgerons s’étaient tous mis en grève.

C’était leur droit. L’hiver était très dur ; enfin,

Cette fois, le faubourg était las d’avoir faim.

Le samedi, le soir du payement de semaine,

On me prend doucement par le bras, on m’emmène

Au cabaret ; et, là, les plus vieux compagnons

– J’ai déjà refusé de vous livrer leurs noms

Me disent :  » Père Jean, nous manquons de courage ;Qu’on augmente la paye, ou sinon plus d’ouvrage !

On nous exploite, et c’est notre unique moyen.

Donc, nous vous choisissons, comme étant le doyen,

Pour aller prévenir le patron, sans colère,

Que, s’il n’augmente pas notre pauvre salaire,

Dès demain, tous les jours sont autant de lundis.

Père Jean, êtes-vous notre homme ?  » Moi je dis :

 » Je veux bien, puisque c’est utile aux camarades.  »

Mon président, je n’ai pas fait de barricades ;

Je suis un vieux paisible, et me méfie un peu

Des habits noirs pour qui l’on fait le coup de feu.

Mais je ne pouvais pas leur refuser, peut-être.

Je prends donc la corvée, et me rends chez le maître ;

J’arrive, et je le trouve à table ; on m’introduit.

Je lui dis notre gêne et tout ce qui s’ensuit :

Le pain trop cher, le prix des loyers. Je lui conte

Que nous n’en pouvons plus ; j’établis un long compte

De son gain et du nôtre, et conclus poliment

Qu’il pourrait, sans ruine, augmenter le payement.

Il m’écouta tranquille, en cassant des noisettes,

Et me dit à la fin :