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La Tête Et La Queue Du Serpent

Le Serpent a deux parties

Du genre humain ennemies,

Tête et Queue ; et toutes deux

Ont acquis un nom fameux

Auprès des Parques cruelles :

Si bien qu’autrefois entre elles

Il survint de grands débats

Pour le pas.

La Tête avait toujours marché devant la Queue.

La Queue au Ciel se plaignit,

Et lui dit :

 » Je fais mainte et mainte lieue,

Comme il plaît à celle-ci :

Croit-elle que toujours j’en veuille user ainsi ?

Je suis son humble servante.

On m’a faite, Dieu merci,

Sa soeur et non sa suivante.

Toutes deux de même sang,

Traitez-nous de même sorte

Aussi bien qu’elle je porte

Un poison prompt et puissant.

Enfin, voilà ma requête :

C’est à vous de commander

Qu’on me laisse précéder

À mon tour ma soeur la Tête.

Je la conduirai si bien,

Qu’on ne se plaindra de rien.  »

Le Ciel eut pour ses voeux une bonté cruelle.

Souvent sa complaisance a de méchants effets.

Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.

Il ne le fut pas lors ; et la guide nouvelle,

Qui ne voyait, au grand jour,

Pas plus clair que dans un four,

Donnait tantôt contre un marbre,

Contre un passant, contre un arbre :

Droit aux ondes du Styx elle mena sa soeur.

Malheureux les États tombés dans son erreur !