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L’ange

Au front de bon élève, l’ange

Lauré de fleurs surnaturelles.
Pour ne pas manquer ses calculs,

Appliqué, il tire la langue,

Tentant de suivre à cloche-pied,

Au verger des quatre saisons,

Le pointillé de leurs frontières.
La neige, est-ce bon à manger ?

L’ange pillard en a tant mis

Dans sa poche, à jamais il reste

Parmi nous les forçats terrestres

Que cette boule rive au sol,

Faite en neige qu’on croit légère.
Sans cesse empêché dans son vol,

Comme nous dans notre délire,

Cet ange enchaîné bat des ailes,

De ses amis implorant l’aide ;

Aussitôt qu’il s’élève un peu,

Retombe dans les marronniers,

Où la gomme de leurs bourgeons

S’accrochant à ses cheveux d’ange

L’empêche à jamais de nier.
Croyez-vous que ce soit pour rien,

Qu’au poirier le pépiniériste

Laisse blettir ses belles poires ?

C’est qu’on reconnaît le voleur,

À la molle empreinte du doigt.
Mais Dieu examine les mains

Des anges voleurs de framboises,

Des assassins, chaque dimanche,

Et dans les mains les plus sanglantes,

Met des livres dorés sur tranches.
Dites ce que sont vos prisons,

Demande l’ange par trop niais,

Aux deux gendarmes l’emmenant

Avec pièce à conviction,

Dans le char des quatre saisons.