Le 1er Mai 1857

Alphonse Daudet


Nature de rêveur, tempérament d’artiste,

Il est resté toujours triste, horriblement triste.

Sans savoir ce qu’il veut, sans savoir ce qu’il a,

Il pleure ; pour un rien, pour ceci, pour cela.

Aujourd’hui c’est le temps, demain c’est une mouche,

Un rossignol qui fausse, un papillon qui loucheSon corps est un roseau, son âme est une fleur,

Mais un roseau sans moelle, une fleur sans calice ;

Il est triste sans cause, il souffre sans douleur,

Il faudra qu’il en meure, et qu’on l’ensevelisse

Avec sa nostalgie au flanc, comme un cilice.