Le Chant Des Amis

Alfred de Musset


De ta source pure et limpide

Réveille-toi, fleuve argenté ;

Porte trois mots, coursier rapide :

Amour, patrie et liberté !
Quelle voile, au vent déployée,

Trace dans l’onde un vert sillon ?

Qui t’a jusqu’à nous envoyée ?

Quel est ton nom, ton pavillon ?
– J’ai porté la céleste flamme

En tous lieux où Dieu l’a permis.

Mon pavillon, c’est l’oriflamme ;

Mon nom, c’est celui des amis.
Fils des Saxons, fils de la France,

Vous souvient-il du sang versé ?

Près du soleil de l’Espérance

Voyez-vous l’ombre du passé ?   »
Le Rhin n’est plus une frontière ;

Amis, c’est notre grand chemin,

Et, maintenant, l’Europe entière

Sur les deux bords se tend la main.
De ta source pure et limpide

Retrempe-toi, fleuve argenté ;

Redis toujours, coursier rapide !

Amour, patrie et liberté.