Le Convoi Du Pauvre

Tristan Corbière


Paris, le 30 avril 1873,

Rue Notre Dame-de Lorette.
Ça monte et c’est lourd Allons, Hue !

– Frères de renfort, votre main ?

C’est trop ! et je fais le gamin ;

C’est mon Calvaire cette rue !
Depuis Notre-Dame-Lorette

– Allons ! la Cayenne est au bout,

Frère ! du cœur ! encor un coup !

– Mais mon âme est dans la charrette :
Corbillard dur à fendre l’âme.

Vers en bas l’attire un aimant ;

Et du piteux enterrement

Rit la Lorette notre dame
C’est bien ça Splendeur et misère !

Sous le voile en trous a brillé
Un bout du tréteau funéraire ;

Cadre d’or riche et pas payé.
La pente est âpre, tout de même,

Et les stations sont des fours,

Au tableau remontant le cours

De l’Élysée à la Bohème
– Oui, camarade, il faut qu’on sue

Après son harnais et son art !

Après les ailes : le brancard !

Vivre notre métier ça tue
Tués l’idéal et le râble !

Hue ! Et le cœur dans le talon !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

– Salut au convoi misérable

Du peintre écrémé du Salon !
– Parmi les martyrs ça te range ;

C’est prononcé comme l’arrêt

De Rafaël, peintre au nom d’ange,

Par le Peintre au nom de courbet !