Le Fils Du Titien

Alfred de Musset


Lorsque j’ai lu Pétrarque, étant encore enfant,

J’ai souhaité d’avoir quelque gloire en partage.

Il aimait en poète et chantait en amant ;

De la langue des dieux lui seul sut faire usage.
Lui seul eut le secret de saisir au passage

Les battements du coeur qui durent un moment,

Et, riche d’un sourire, il en gravait l’image

Du bout d’un stylet d’or sur un pur diamant.
O vous qui m’adressez une parole amie,

Qui l’écriviez hier et l’oublierez demain,

Souvenez-vous de moi qui vous en remercie.
J’ai le coeur de Pétrarque et n’ai point son génie ;

Je ne puis ici-bas que donner en chemin

Ma main à qui m’appelle, à qui m’aime ma vie.