Le Mousse

Joseph Autran


Depuis de longs jours, l’ouragan qui gronde

Va nous emportant sur l’Océan noir,

Bien loin de la rive où je vins au monde,

Pour des maux que nul n’eût osé prévoir.

Le mât du vaisseau, que bat la tourmente,

Jette en s’inclinant un douloureux cri.

D’où vient qu’à son tour ce bois se lamente

Comme s’il cachait un cœur tout meurtri ?

Compagnon d’exil, tu pleures peut-être

La colline heureuse où nous sommes nés,

Toi, bel arbre, et moi, pauvre enfant champêtre,

Aux mêmes douleurs tous deux condamnés !