Le Renégat

Tristan Corbière


Ça c’est un renégat. Contumace partout :

Pour ne rien faire, ça fait tout.

Écumé de partout et d’ailleurs ; crâne et lâche,

Écumeur amphibie, à la course, à la tâche ;

Esclave, flibustier, nègre, blanc, ou soldat,

Bravo : fait tout ce qui concerne tout état ;

Singe, limier de femme ou même, au besoin, femme ;

Prophète in partibus, à tant par kilo d’âme ;

Pendu, bourreau, poison, flûtiste, médecin,

Eunuque ; ou mendiant, un coutelas en main
La mort le connaît bien, mais n’en a plus envie

Recraché par la mort, recraché par la vie,

Ça mange de l’humain, de l’or, de l’excrément,

Du plomb, de l’ambroisie ou rien Ce que ça sent.
– Son nom ? Il a changé de peau, comme chemise

Dans toutes langues c’est : Ignace ou Cydalyse,

Todos los santos Mais il ne porte plus ça ;

Il a bien effacé son T. F. de forçat !

– Qui l’a poussé l’amour ? Il a jeté sa gourme !

Il a tout violé : potence et garde-chiourme.

– La haine ? Non. Le vol ? Il a refusé mieux.

– Coup de barre du vice ? Il n’est pas vicieux ;

Non dans le ventre il a de la fille-de-joie,

C’est un tempérament un artiste de proie.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Au diable même il n’a pas fait miséricorde.

– Hale encore ! Il a tout pourri jusqu’à la corde,

Il a tué toute bête, éreinté tous les coups
Pur, à force d’avoir purgé tous les dégoûts.
Baléares.