Le Rêve Qu’ils Font Tous

Joseph Autran


 » Presque un siècle entier sans courber ma tête

A passé sur moi, vrai lion marin.

Il faudrait pourtant prendre sa retraite,

Et chercher à terre un abri serein !

Quand on a lassé, rude capitaine.

Les vents et les flots, la glace et le feu,

Aux biens que promet la terre lointaine

N’a-t-on pas le droit de songer un peu ?

Heureux le vieillard qu’enfin Dieu délivre

De ton joug si dur, métier oppresseur !

Au pays natal, que ne puis-je vivre,

D’une vigne ou deux oisif possesseur !

Loin, bien loin de toi, bourrasque éternelle,

Loin de cette arène aux maux sans pareils,

Quand serai-je assis sous une tonnelle,

Savourant en paix mes derniers soleils ?  »

Il eut ces loisirs que l’âge conseille,

Il eut sa cabane et son vert enclos,

Et d’anciens amis causant sous la treille :

— Ah ! Je meurs, dit-il, rendez-moi les flots !